

Sur le Web


Un destin
dans le siècle
Intitulé «Testament du dernier poilu d'Alsace,
André Grappe», sous-titré «Un destin dans le siècle», le livre comporte dans sa
partie centrale le récit minutieux de 14 - 18 par le centenaire: «Mes souvenirs de la
Grande Guerre». L'historien Jean-Noël Grandhomme a enrichi l'ouvrage d'une quantité
impressionnante de notes, autant de précisions concernant le déroulement de la guerre et
des batailles vécues par André Grappe. L'universitaire présente également la
maturation du récit de même que l'uvre philosophique du narrateur. «Il y a
deux niveaux de lecture, dit-il, pour historiens et pour tous publics». C'est
en cherchant à étoffer sa thèse sur la première guerre mondiale que Jean-Noël
Grandhomme a eu la surprise d'apprendre qu'il restait un Poilu survivant, érudit de
surcroît. Une fois les contacts pris, le travail en commun a pu commencer et déboucher
sur un riche et précieux témoignage publié par les Presses Universitaires de Strasbourg
(275 pages, 120 F).
André Grappe et Jean-Noël Grandhomme dédicaceront l'ouvrage à Strasbourg le 18
novembre à 16h30 à la librairie Oberlin, le 7 décembre à 17 h à la librairie Kléber
où est organisée une rencontre.
S.M. |
Le der des ders
Dernier poilu d'Alsace,
agrégé de philosophie, André Grappe, vient de publier, à 101 ans, ses souvenirs avec
la complicité d'un historien de l'Université de Strasbourg.
Les années l'ont rapetissé, mais n'ont pas entamé l'éclat de
son regard. Originaire de Franche-Comté, André Grappe est Alsacien d'adoption et la
vivacité de sa mémoire est stupéfiante. Au cours de notre entretien, il cite des
passages entiers de ses philosophes préférés ( il était agrégé de philosophie), va
chercher livres ou documents dans son appartement qu'il habite seul, dans le quartier de
la faculté de médecine. Modeste, il rejette tout le mérite de son dernier ouvrage sur
Jean-Noël Grandhomme «qui porte bien son nom, dit-il. Le livre est né de la
rencontre , en 1995, de ce jeune et brillant historien de l'université Marc Bloch avec le
nonagénaire et presque centenaire que j'étais alors».
Incroyable mais vrai: la mémoire d'André Grappe est intacte, de
sorte qu'il est un témoin irremplaçable de notre siècle. De surcroît, son regard de
philosophe est précieux. On ne peut prétendre résumer une si longue vie dans un seul
article de journal, mais voici un rapide survol. Né le 10 octobre 1898 à Les Fins, un
village franc-comtois, il a 15 ans quand éclate la première guerre mondiale. Il assiste
à la mobilisation, qui se passe dans un enthousiasme «délirant». En 1917, il est
reconnu bon pour le service armé et incorporé dans l'infanterie. Dans le livre, il
raconte les différentes batailles auxquelles il participe et aussi sa blessure par une
grenade venue exploser contre sa cuisse.
SAUVÉ PAR DE LA MONNAIE
«Providentiellement, j'ai été préservé d'une hémorragie
mortelle par deux pièces d'argent de 5 F qui m'avaient été données en guise de
talisman». Quelques mois après l'armistice du 11 novembre, il reçoit un ordre de
mission pour Strasbourg où il démarre ses études de philosophie. Il fait également une
année à la Sorbonne. En 1923, il est nommé au lycée de Sarreguemines où il enseigne
pendant 11 ans, puis il revient à Strasbourg, au lycée Fustel de Coulanges.
«1933 a été une date cruciale dans ma vie. A Sarreguemines,
j'étais aux premières loges pour assister à la révolution hitlérienne et j'ai eu
entre les mains Mein Kampf. J'étais et je suis encore un disciple fervent d'Henri
Bergson. Hitler, Bergson, deux symboles ou deux mysticismes, celui de la croix latine et
celui de la croix gammée. J'ai donné cette année-là une conférence sur ce thème.
J'avais été belliciste et je me suis converti à un pacifisme radical». Pendant la
guerre 39-45, il est mobilisé pour quelques mois. Dès la fin du conflit il adhère avec
enthousiasme au mouvement des Intellectuels Chrétiens Sociaux (ICS) aux côtés de son
ami le Frère Médard, grande figure en Alsace. Après Bergson, il devient disciple du
philosophe Maurice Pradines, qu'il vénère toujours. Il milite pour la réconciliation
entre l'Allemagne et la France et se souvient: «J'avais un camarade qui a perdu à
Oradour de nombreux membres de sa famille. Après la guerre, son fils a fait un stage en
Allemagne et y est tombé amoureux. Il a demandé à ses parents la permission de
l'épouser. Ni l'un ni l'autre ne s'y est opposé et c'est devenu leur belle-fille
préférée!»
CURIOSITÉ INTACTE
Dans une brochure qu'il a consacrée à sa province d'adoption,
il raconte avec un plaisir manifeste quelques mariages franco-allemands. Mais malgré son
âge exceptionnel, André Grappe n'est pas homme à vivre dans le passé. Il a gardé sa
curiosité, lisant livres et journaux, regardant la télé. «Je continue à écrire
tous les matins et je trouve que mon écriture s'est raffermie», dit-il, montrant un
de ses cahiers. Mes souvenirs ne m'empêchent pas de voir le monde tel qu'il est. Et je
trouve qu'il évolue bien».
Une fois par semaine, il va à Emmaüs et il va régulièrement
dans des maisons de retraite voir des amis, «pour leur remonter le moral». Il
n'entend pas bien d'une oreille mais porte un appareil et s'arrange pour placer son
interlocuteur de sorte à mieux l'entendre. On lui porte ses repas, mais il fait lui-même
le ménage dans son appartement où de nombreux dessins d'enfants sont punaisés aux murs.
Le secret de sa forme et de sa longévité? Il rit: «J'ai dix arrière petits-enfants.
La dernière s'appelle Amandine. Voilà mon remède!»
Susanne MAYER |

Dessin d'André Mare.
Toutes les uvres figurant sur cette colonne sont issues du site
La Grande Guerre en dessins.

Sur le Web

Pierre Lissac
Soldat Marchant


Léon Broquet
L'hiver 17-18
Nos précédents
dossiers |