Jeudi 11 novembre 1999

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Un destin
dans le siècle

Intitulé «Testament du dernier poilu d'Alsace, André Grappe», sous-titré «Un destin dans le siècle», le livre comporte dans sa partie centrale le récit minutieux de 14 - 18 par le centenaire: «Mes souvenirs de la Grande Guerre». L'historien Jean-Noël Grandhomme a enrichi l'ouvrage d'une quantité impressionnante de notes, autant de précisions concernant le déroulement de la guerre et des batailles vécues par André Grappe. L'universitaire présente également la maturation du récit de même que l'œuvre philosophique du narrateur. «Il y a deux niveaux de lecture, dit-il, pour historiens et pour tous publics». C'est en cherchant à étoffer sa thèse sur la première guerre mondiale que Jean-Noël Grandhomme a eu la surprise d'apprendre qu'il restait un Poilu survivant, érudit de surcroît. Une fois les contacts pris, le travail en commun a pu commencer et déboucher sur un riche et précieux témoignage publié par les Presses Universitaires de Strasbourg (275 pages, 120 F).
André Grappe et Jean-Noël Grandhomme dédicaceront l'ouvrage à Strasbourg le 18 novembre à 16h30 à la librairie Oberlin, le 7 décembre à 17 h à la librairie Kléber où est organisée une rencontre.

S.M.


Le der des ders

Photo Thierry GachonDernier poilu d'Alsace, agrégé de philosophie, André Grappe, vient de publier, à 101 ans, ses souvenirs avec la complicité d'un historien de l'Université de Strasbourg.

Les années l'ont rapetissé, mais n'ont pas entamé l'éclat de son regard. Originaire de Franche-Comté, André Grappe est Alsacien d'adoption et la vivacité de sa mémoire est stupéfiante. Au cours de notre entretien, il cite des passages entiers de ses philosophes préférés ( il était agrégé de philosophie), va chercher livres ou documents dans son appartement qu'il habite seul, dans le quartier de la faculté de médecine. Modeste, il rejette tout le mérite de son dernier ouvrage sur Jean-Noël Grandhomme «qui porte bien son nom, dit-il. Le livre est né de la rencontre , en 1995, de ce jeune et brillant historien de l'université Marc Bloch avec le nonagénaire et presque centenaire que j'étais alors».

Incroyable mais vrai: la mémoire d'André Grappe est intacte, de sorte qu'il est un témoin irremplaçable de notre siècle. De surcroît, son regard de philosophe est précieux. On ne peut prétendre résumer une si longue vie dans un seul article de journal, mais voici un rapide survol. Né le 10 octobre 1898 à Les Fins, un village franc-comtois, il a 15 ans quand éclate la première guerre mondiale. Il assiste à la mobilisation, qui se passe dans un enthousiasme «délirant». En 1917, il est reconnu bon pour le service armé et incorporé dans l'infanterie. Dans le livre, il raconte les différentes batailles auxquelles il participe et aussi sa blessure par une grenade venue exploser contre sa cuisse.

SAUVÉ PAR DE LA MONNAIE

«Providentiellement, j'ai été préservé d'une hémorragie mortelle par deux pièces d'argent de 5 F qui m'avaient été données en guise de talisman». Quelques mois après l'armistice du 11 novembre, il reçoit un ordre de mission pour Strasbourg où il démarre ses études de philosophie. Il fait également une année à la Sorbonne. En 1923, il est nommé au lycée de Sarreguemines où il enseigne pendant 11 ans, puis il revient à Strasbourg, au lycée Fustel de Coulanges.

«1933 a été une date cruciale dans ma vie. A Sarreguemines, j'étais aux premières loges pour assister à la révolution hitlérienne et j'ai eu entre les mains Mein Kampf. J'étais et je suis encore un disciple fervent d'Henri Bergson. Hitler, Bergson, deux symboles ou deux mysticismes, celui de la croix latine et celui de la croix gammée. J'ai donné cette année-là une conférence sur ce thème. J'avais été belliciste et je me suis converti à un pacifisme radical». Pendant la guerre 39-45, il est mobilisé pour quelques mois. Dès la fin du conflit il adhère avec enthousiasme au mouvement des Intellectuels Chrétiens Sociaux (ICS) aux côtés de son ami le Frère Médard, grande figure en Alsace. Après Bergson, il devient disciple du philosophe Maurice Pradines, qu'il vénère toujours. Il milite pour la réconciliation entre l'Allemagne et la France et se souvient: «J'avais un camarade qui a perdu à Oradour de nombreux membres de sa famille. Après la guerre, son fils a fait un stage en Allemagne et y est tombé amoureux. Il a demandé à ses parents la permission de l'épouser. Ni l'un ni l'autre ne s'y est opposé et c'est devenu leur belle-fille préférée!»

CURIOSITÉ INTACTE

Dans une brochure qu'il a consacrée à sa province d'adoption, il raconte avec un plaisir manifeste quelques mariages franco-allemands. Mais malgré son âge exceptionnel, André Grappe n'est pas homme à vivre dans le passé. Il a gardé sa curiosité, lisant livres et journaux, regardant la télé. «Je continue à écrire tous les matins et je trouve que mon écriture s'est raffermie», dit-il, montrant un de ses cahiers. Mes souvenirs ne m'empêchent pas de voir le monde tel qu'il est. Et je trouve qu'il évolue bien».

Une fois par semaine, il va à Emmaüs et il va régulièrement dans des maisons de retraite voir des amis, «pour leur remonter le moral». Il n'entend pas bien d'une oreille mais porte un appareil et s'arrange pour placer son interlocuteur de sorte à mieux l'entendre. On lui porte ses repas, mais il fait lui-même le ménage dans son appartement où de nombreux dessins d'enfants sont punaisés aux murs. Le secret de sa forme et de sa longévité? Il rit: «J'ai dix arrière petits-enfants. La dernière s'appelle Amandine. Voilà mon remède!»

Susanne MAYER


Dessin d'André Mare.
Toutes les œuvres figurant sur cette colonne sont issues du site
La Grande Guerre en dessins.


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  • "Je hais la guerre, mais j'aime ceux qui l'ont faite": témoignages sur les poilus.


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