Le diesel a trouvé son maître. Il est bavarois et roule V8 biturbo. Mais cette ébouriffante BMW 740d est-elle bien raisonnable ?
AU SECOURS, ils sont devenus fous ! Englués dans leur titanesque et quelque peu vaniteux combat des chefs, BMW, Mercedes et Audi ont visiblement décidé de confondre diesel et précipitation. Leur nouvelle norme à eux ? V8 et 200 ch minimum et peu importe si le prix flirte allègrement avec les 500 000 F. Explication ? Le diesel reste le moyen le plus sûr de dépolluer les grosses cylindrées et de modérer leur appétit, deux ultimatum du législateur.
Dernière provocation en date, la BMW 740d et ses 245 ch. Une merveille de technologie, sans doute l'idéal pour faire Mulhouse-Marseille-Bordeaux-Paris-Mulhouse deux fois par semaine. Question : qui fait ça ? Et le ferait-on qu'une« banale » 730d et son 6 cylindres de 183 ch ferait parfaitement l'affaire pour au bas mot 150 000 F de moins. Evidemment, l'ortolan est meilleur que le poulet de Bresse et à s'en tenir à ce négativisme, l'homme roulerait encore en char à boeufs. Non, le plus embêtant dans ces merveilleuses automobiles est justement qu'elles ne déclenchent que peu d'enthousiasme. Fantasmer devant une 740d ? Peu probable. L'objet impressionne mais ne fait pas rêver. Le plaisir fait rêver, pas la technique froide surtout lorsqu'elle est... diesel. Le V12 d'une 750 voire le V8 d'une M5 sont autrement plus enchanteurs que ce V8 même biturbo et si les reprises de cette tonitruante mécanique sont au niveau des deux autres, voire parfois meilleures, l'agrément général reste très très en deçà, notamment en raison de l'inertie du diesel et de son incapacité à s'exprimer dans les tours. Une 740i et son V8 de 286 ch est assez nettement plus agréable pour moins cher. Reste le standing, avec un S comme snobisme, et la délicieuse sensation de rouler dans ce qui se fait (provisoirement) de mieux...
UN EXPLOIT TECHNIQUE. SI.
Reste qu'il y a exploit technique. La 740d est un chef d'oeuvre de savoir-faire mais on en attendait pas moins des cerveaux munichois depuis qu'ils ont fait du diesel une de leurs grandes priorités. On peut d'ailleurs imaginer qu'à ce train, un V12 triturbo verra bientôt le jour, peut-être même avant que Mme Voynet ait enfin compris que diesel ne rimait pas avec poubelle (écologique). Sur le papier, le 3.9 de la 740d est unique. Le seul diesel au monde annonçant un V8, l'injection directe haute pression type « common rail » et une suralimentation par deux turbos dont la géométrie variable est pilotée électriquement pour une réactivité supérieure à celle des dispositifs classiques par dépression. Bien évidemment, chacun des huit cylindres accueille 4 soupapes tandis que, première mondiale, l'alternateur est refroidi... par eau d'où meilleure dissipation thermique donc meilleur rendement. Bien évidemment aussi, tout ce qui pouvait être fait en matière de dépollution a été fait avec deux pots catalytiques par rangée de cylindres et deux flux d'échappement conduits séparément aux deux silencieux arrière et un système de recirculation piloté des gaz. Au bout du compte, les indicateurs de performances voisinent le surréalisme : 3900 cm³, 245 ch et surtout 560 Nm de couple dès 1750 t/mn pour une consommation normalisée de 9,8 litres/100. En fait, difficile de tomber sous les 12 litres.
HALLUCINANTE
Pareille force tranquille supposait une transmission idoine : elle est de type Steptronic (tout automatique ou séquentielle) à 5 rapports, autant dire idéalement adaptée au tempérament bucheronnesque de ce V8 classé en 17 cv. Volant en mains, la 740d est évidemment hallucinante d'efficacité. Accélérations façon TGV, reprises démentielles, vitesse maxi inavouable, le tout sans la moindre vibration et dans un silence de cathédrale, ce diesel est d'enfer. Autant dire qu'avaler du kilomètre devient plaisanterie d'autant que BMW a doté sa limousine de tous les raffinements électroniques connus : antipatinage, contrôle de stabilité, freinage d'urgence assisté couplé à l'ABS sécurisent un comportement au départ déjà exceptionnel d'équilibre et de sérénité pour une auto de ce gabarit (4,99 m et plus de 2 tonnes en charge). Reste que le poids du V8 se fait sentir sur l'essieu avant et l'auto a tendance à se balancer sur ses appuis faute d'une suspension suffisamment ferme. Un dispositif « sport » est proposé en option (Pack M) de même qu'un amortissement géré électroniquement. Vivement conseillés. Côté équipement, c'est Byzance. Tout est là, indispensable comme superflu, du système de navigation au volant multifonctions en passant par le cuir partout, la climatisation automatique, le chauffage d'appoint et les... 10 airbags. Tradition chez BMW, le catalogue des options est aussi épais que le Bottin mondain... Tradition aussi, la qualité générale est irréprochable. Bref, la BMW 740d est une automobile exceptionnelle mue par un moteur sublime. A 509 000 F, premier prix, c'est bien normal. Le problème est que l'on se demande à quoi elle sert. Objectivement.
Rien ne permet d'identifier le diesel le plus performant de la planète ; si ce n'est un discret logo 740d...
(DR)
Le V8 biturbo de 3.9 délivre, bonhomme, 245 ch...
(DR)











