
Difficile agriculture
Les Chipayas sont des descendants des Uru, probablement arrivés de la
côte Pacifique pour chercher un environnement plus propice à leurs intérêts..au gré
des différentes invasions. Ils vivent aujourd'hui en deux communautés, Chipaya et
Ayparavi.
Au début, ils occupèrent le nord du Lac coipasa (aujourd'hui Salar). A présent,
repoussés par les Aymaras, ils habitent une plaine désertique, à la végétation
minimaliste, et seule l'humidité du rio Lauka permet une agriculture composée
uniquement de quinua et de pommes de terres. En été cependant, ils recueillent les
fortes pluies dans des sortes de mini-barrages, des "trous" rectangulaires
d'environ 40 cm de haut, qui rendent réellement possible l'agriculture.
|

A la rencontre des Chipayas
Michel, de l'agence de tourisme FREMEN, m'avait parlé d'un
peuple..."très bizarre" : les Chipayas. "Tu vas jusqu'à Oruro, de là, il
doit y avoir des bus jusqu'à Sabaya, et après..."
A Oruro, on me dit de prendre un bus à l'autre bout de la ville pour Huachacalla.
"Et de Huachacalla à Chipaya, il y a des voitures?
-Ouii, ouii...des camions, des ambulances...
-(OK, je vais marcher!) Et il y a combien de kilomètres?
- Hooo... 15...
-Bueno (ça le fait).
A 4h du matin, le bus me dépose au bord d'une route, posée au milieu du
désert de l'altiplano. Quelques maisons dessinent un village. Je vais voir le garde-barrière
qui accepte de me laisser dormir par terre dans sa boîte à sardines en tôle. C'est
mieux que les -15º de l'extérieur.
Le matin, je me mets en route.
"Chipaya, c'est à 15 km?
- Oui, c'est ça, 12 km". Bueno.
Après 2h30 de marche, où j'ai maudit jusqu'à ma brosse à dents, je n'y croyait plus.
Passe une voiture. Le conducteur, Padre Ramiro, allait justement à Chipaya y célébrer
la messe (que bénies soient les messes dominicales!). Au bout de quelques kilomètres, il
me dit : "Tu as bien du courage de marcher avec ton gros sac les 40 km qui séparent
Huachacalla de Chipaya!" Et il a bien ri de la tête que j'ai faite à ce moment là.
Les Chipayas sont effectivement des
gens "très spéciaux"...Ils ont leurs règles propres, leurs costumes, leur
langue, leur maisons (de forme circulaire), leur religion.
Ils se disent descendants des Chullpas, auxquels il faut remonter pour
expliquer leur origine légendaire : ils racontent qu'au début était l'obscurité, et
que leurs ancêtres vivaient à la lumière de la lune. Mais un jour apparu le soleil qui
carbonisa tout et tous. Seuls certains furent sauvés en s'immergeant dans l'eau du Rio
Lauka, créant ainsi une nouvelle ère, celle des Chipayas. D'où la divinisation de
l'élément eau sous toutes ses formes et des ses sources, les sommets des
montagnes. C'est peut-être ce sentiment d'être "premiers hommes sur Terre,
fondateurs de la nouvelle civilisation" qui les rend si "bizarres"...
Je ne suis pas restée longtemps chez eux, pas assez pour faire
"quelque chose de sérieux". Ce n'est pas facile d'entrer en contact avec eux,
les étrangers ne sont pas les bienvenus et ne peuvent séjourner dans le village
qu'après l'accord du comité des anciens et moyennant US$50 par jour!
Grâce à l'intervention de padre Ramiro, j'ai pu rencontrer l'Honorable
Alcade municipal, Santos Paredos Mamani, venu me voir après son match de foot (je tombais
en plein tournoi inter communautés). J'en ai profité pour lui offrir le pin's de Footix
et pour lui parler avec enthousiasme du Mundial. J'ai finalement eu le droit de
rester (et sans payer), même après avoir refusé de lui acheter les lunettes photo
chromatiques!
Mais mes relations avec les gens sont restées plus que lointaines,
d'un point de vue "reportage", mon séjour fut un échec. Mais je ne
regrette pas.
Laetitia Saarbach |

Sur le Web

Toutes les photos sont de Laetitia Saarbach

Quand lama fâché...
Nos précédents
dossiers |