Samedi 25 septembre 1999

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Développements

La une d'un magazine italien consacré au Leica

Des images
plus humaines

Ce qui caractérise le photographe leicaïste est une démarche différente et volontaire. Les photographes pro n'en sont pas tous des adeptes. Au début, il faut faire un effort. Cette difficile approche tient à la visée télémétrique et au mode tout manuel qui sont les caractéristiques de cet appareil d'initiés.

Le Leica est un appareil de communication, qui ne mange pas tout le visage et qui laisse le droit d'exister à celui qui le manipule. L'adopter, c'est accepter un travail autre sur l'image, sans la possibilité d'utiliser de très longues focales. C'est un travail de près, où il doit se passer quelque chose entre le sujet et le photographe.

C'est là une des clefs des images Leica: elles sont plus humaines avec plus d'émotions. La valeur ajoutée de ces images réside dans la qualité des optiques, presque trop précises, indiscrètes, cruelles dans les détails.

La qualité des verres Zeiss est légendaire et leur pouvoir de séparation fait la différence. Les couleurs obtenues ne sont pas flatteuses, comme dirait Guy Le Querrec, moins chaudes que celles des appareils japonais, plus crues, mais aussi plus vraies. Leica a entrepris de concurrencer les boîtiers japonais reflex avec le Leicaflex en 1965 et continue avec sa gamme Leica R8.

C'est un juste retour des choses puisque Leica été copié, plus de 300 fois, en particulier dans les pays de l'Est et y compris par les Japonais en son temps!

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Une autre image

Dans les années 30, le Leica a révolutionné la photo de presse. A l'heure du numérique, ce boîtier au look suranné et à la technologie minimum reste un must de l'image, un objet de culte, un outil inégalé.

Le vrai Leica (contraction de Leitz+camera) des puristes, c'est le M (de Mess-Succher : télémètre) dont le dernier né de la gamme, le M6 (1984), a encore le look et la technologie de son ancêtre le Ur-Leica (1913-14) comme une marque génétique indélébile. 560 grammes pour un boîtier nu. On en a pour son argent : 18 590 F. L'objectif le moins cher, un 50 mm, ne vaut que 7680 F et pour un 35 mm, il faut compter un minimum de 9 590 F. C'est très cher pour un appareil photo de 14 cm de long, 8 cm de haut et 4 cm de profondeur avec une visée télémétrique d'un autre âge.
Qui s'en sert? Des professionnels bien sûr, qui trouvent dans ce boîtier l'alibi de la discrétion allié à la qualité, et... une foule d'amateurs passionnés. Sur 10 000 boîtiers vendus dans le monde, seuls 15% sont achetés par des professionnels. Au-delà du snobisme, la qualité des optiques et la discrétion de cet appareil en font un outil précieux avec lequel on rapporte des images différentes.

UNE RÉVOLUTION

Quand, en 1913, Oscar Barnack invente son Ur-Leica, il révolutionne la photographie. Il travaille alors sur la construction des premières caméras en aluminium dans la société allemande Ernst Leitz de Wetzlar. La photographie existe alors depuis 75 ans, mais sa pratique est malaisée avec de grands appareils à plaques, lourds et peu maniables. Simplement, Barnack est asthmatique et amateur de promenades en forêts. Photographe amateur, il a des difficultés pour transporter sa chambre 13x18, ses six double-châssis et un pied. L'idée d'un appareil léger lui vient en construisant une mesure de l'exposition pour le film 18x24 de sa caméra. Il réunit deux vues dans un appareil photographique maniable. Le format 24x36, qui est encore aujourd'hui le standard, est né.
Les principales idées du Ur-Leica sont brevetées dès 1914, mais la guerre arrête le développement de l'appareil. Le Leica ne sera fabriqué en série qu'en 1924. C'est un appareil révolutionnaire. Léger et discret, avec un obturateur à rideau, il peut être chargé en plein jour grâce à des films 24x36 en cartouche et faire plusieurs vues à la suite. Pourtant, l'accueil grand public, à la foire de printemps de Leipzig en 1925, n'est pas enthousiaste. L'appareil ne fait pas sérieux et s'apparente à un jouet.
Le véritable élan est certainement donné par Robert Capa en 1932 qui photographie Léon Trotsky s'adressant aux étudiants à Copenhague.

LE BOÎTIER MYTHIQUE

A partir de là, les photographes construisent la réputation mythique du Leica jusqu'à la guerre du Viêt-nam et l'apparition, en 1962, du Nikon F qui consacra la visée reflex. André Kertész, Robert Frank, William Klein, Ernst-Haas, Henri Cartier Bresson, Doisneau, Braissaï, Capa, Depardon, Le Querrec, Abbas, Salgado, Burri, Gaumy, Riboud, Zachsmann...et de nombreux autres talents forgent image après image le mythe Leica.
Le Leica M, en marge des avancées technologiques, mise sur ses qualités originelles de solidité, de discrétion et Leitz développe toujours des optiques exceptionnelles. Il traverse les modes, ne cédant au progrès que quelques modifications qui le rendent plus facile d'utilisation, comme une molette de rembobinement, une ouverture sur le dos pour faciliter le chargement, une cellule intégrée (1984) et tout récemment le TTL au flash (1999).
Aujourd'hui, les photographes de presse présents sur les grands théâtres de l'actualité sont équipés de boîtiers numériques pour transmettre les images à chaud, sans les contraintes de développement. Mais nombreux sont ceux qui, dans leur poche, gardent leur Leica. Ce n'est pas un gadget de nostalgique, c'est une assurance, celle de ramener toujours une image quand l'électronique n'a plus d'alimentation électrique, quand les conditions de lumière sont limites ou simplement quand sortir un appareil trop voyant s'appelle de l'indécence. Son look ancien est moins agressif, sa discrétion fait la différence. Parfois même, il est le seul appareil autorisé, comme dans certains tribunaux et en salle de spectacle.
Leica est une marque à part. Le meilleur conseil d'un leicaïste : essayer avant d'acheter. Mais attention, un Leica, c'est comme des chaussures, c'est personnel, ça ne se prête pas!

Textes de Thierry Gachon

leica-petit.JPG (8829 octets)
Le M6, un des boîtiers mythiques de Leica.
(Photos Christine Hart)


Sur le Web

  • Le journal Libération avait aussi décerné le titre d'objet du siècle au Leica.
  • Le site extrêmement complet d'Erwin Puts considéré comme le gourou du test d'objectifs Leica. Mais il est lui aussi en anglais...
  • On y trouve notamment un historique détaillé des fameux boîtiers.
  • Cette histoire est disponible en CD-rom

Le témoignage
de Capa

Le grand photographe Robert Capa a raconté à sa mère dans les termes suivants comment, en 1932,  il fut le seul à pouvoir prendre des photos historiques de Trotsky Léon Trotsky s'adressant aux étudiants à Copenhague:
«...Aucune photo possible, Trotsky ne voulait pas se faire photographier. Des photographes du monde entier étaient là avec leur chambre grand format. Aucun ne put entrer. Survinrent quelques ouvriers qui devaient transporter de longs tubes d'acier à l'intérieur. Je me joignis à eux. J'avais un petit Leica dans ma poche et personne ne pouvait imaginer que j'étais photographe. Mon petit Leica et moi, nous sommes allés voir Trotsky.»

Le photojournalisme moderne était né.

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