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Travailler le sel

Comme je n'avais pas eu assez froid dans mes premiers jours en Bolivie
(eh! je me suis baignée dans une source thermale à 5000m d'altitude, et en sortant mes
cheveux ont gelé...), je suis retournée à Colchani, village situé à la limite
du Salar. Le salar d'uyuni occupe, à 3653m d'altitude, la dépression centrale de
l'Altiplano entre les cordillères occidentale et orientale des Andes. Le Salar est une
croûte de halite (le sel de cuisine), très plane, imprégné à partir d'une quinzaine
de cm de profondeur d'une saumure interstitielle très riche en lithium, potassium,
magnésium et bore.
le Salar d'Uyuni est le dernier d'une dizaine de lacs qui se sont succédé durant
le Quaternaire, déposant chacun une croûte de sel, "un gigantesque
millefeuille en sous-sol" (F.Risacher et B.Fritz, La Recherche. mai95).
Le sel du salar vient donc de dissolutions successives d'anciennes croûtes de sel
(mais l'origine des premières reste encore inconnue).
Presque toute l'activité de Colchani est tournée vers la récolte et le travail du sel.
Le père de la famille chez qui je suis restée travaille à la coopérative, et le
week end, quand ils n'ont pas classe, les enfants aussi vont y travailler.
"C'est pour leurs études", me dit Sga Julia, leur mère. Le principe est le
suivant : pendant la saison des pluies (de décembre à mars), le salar est inondé.
Puis le chlorure de sodium cristallise et les hommes amassent le sel en buttes.
Le travail du sel est ingrat : la forte réflection lumineuse abîme les yeux,
brûle la peau. Mais en plus de cela, le sel n'est même pas bon a la consommation car,
n'étant pas marin, il ne contient pas d'iode! Les hommes doivent ensuite le sécher, le
mouliner et y ajouter de l'iode de potassium acheté par le gouvernement aux US). alors,
les femmes l'empaquètent.
Encore une fois, j'entends la Sga Theodora bele me dire : "C'est pour mes enfants que
je travaille. Pour qu'ils fassent des études." Car celui qui ne fait pas d'étude
finit dans le travail du sel.
Laetitia Saarbach |

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