Certains éleveurs ont déjà prévu de rentrer leurs animaux pour les protéger ou au contraire de les laisser dehors pour les observer. D'autres seront contraints de travailler sans lunettes spéciales et quelques-uns en profiteront pour faire des expériences.
SONIA RISSER, éleveur de moutons à Sengern : « On ne s'est pas encore vraiment posé la question de savoir ce qu'on ferait des animaux, mais on va sans doute rentrer les moutons, par précaution. On ne va quand même pas leur acheter des lunettes, déjà qu'on a du mal à en trouver pour nous ! Quant à la volaille, on ne la rentrera pas. Normalement, les poules rentrent toutes seules au poulailler au coucher du soleil, chaque soir. Peut-être le feront-elles aussi à ce moment...» Adolphe Landspurg, sourcier à Soultz : « Je serai au travail, mais au moment de l'éclipse, je sortirai. On m'a dit qu'il n'y aurait plus de rayons telluriques à ce moment-là. Comme je ne crois que ce que je vois, je veux vérifier. Je veux savoir s'il y aura encore des rayons Hartmann (un réseau global, tous les 2,5 mètres, suivant lequel se dirigent les oiseaux. ndlr), des rayons Curry et des rayons telluriques. J'utiliserai un lobe-antenne Hartmann, des antennes en L et des baguettes de sourcier. Normalement, elles devraient rester immobiles. La cour de mon lieu de travail suffit : il n'y a pas besoin d'aller dans un endroit spécial.»
MUSIQUE ENERGETIQUE
Marie-Rose Meyer, viticultrice en biodynamie à Bergholtz : « Les planètes sont mal placées cette année, et je ne pense pas que l'éclipse changera quelque chose dans le cycle lunaire, car il est prévu depuis longtemps. Pour la récolte de cette année, les dés sont pratiquement jetés : il ne reste qu'à avoir un bon mois de septembre.» Czeslaw Gladkowski, compositeur de musique à Guebwiller : « Je donnerai un concert au cloître des Dominicains, à partir de 11 h 30. J'attends cette éclipse, car elle correspond à ma démarche artistique, influencée par les phénomènes énergétiques. Ce sera la première fois de ma vie. Je veux partager avec les autres cette musique et ces messages de calme. Je ferai une improvisation avec un harmonium d'eau pendant toute la durée du phénomène, en profitant du changement de lumière et d'énergie.» Isabelle Reymann, éleveuse de chevaux de trait à Fessenheim : « Le jour de l'éclipse, on a prévu de laisser les chevaux dehors et d'observer leurs réactions ! Beaucoup disent que ça a une influence sur eux. Je pense que non. Le fait qu'il fasse nuit ne les affecte pas, normalement. Nous qui savons ce qu'est une éclipse, nous regardons. Mais je ne crois pas que les chevaux en soient conscients.» Valérie Decroix, directrice de l'établissement pénitentiaire d'Ensisheim : « On propose à chaque prisonnier de se rendre en promenade pour profiter de l'éclipse, de 12 h 15 à 12 h 45. Pour cet événement exceptionnel, nous avons dérogé aux règles des horaires habituels : un repas froid sera servi, les activités sont décalées. Une promenade est prévue pour l'ensemble des personnes incarcérées. Des lunettes leur seront remises, ainsi qu'au personnel pénitentiaire.»
LUNETTES INTERDITES
Jean Achatz, PDG de la société Achatz (S.A.) transport routier à Soultzmatt : « Nous avons reçu un courrier de la préfecture et du ministère de l'Intérieur nous informant que, par mesure de sécurité, les routiers ne doivent pas circuler de 11 h à 14 h. Cela va poser un problème de retard dans les livraisons ! Il faudra que l'on se débrouille pour être chez le client avant 11 h afin de récupérer les heures perdues en chargeant et en déchargeant les marchandises.» Brigade de gendarmerie de Guebwiller : « Nous nous trouverons sur le CD 430 et sur la RN 83 de 10 h 30 à 14 h 30. Les gendarmes devront veiller à ce que les poids lourds ne circulent plus. Notre rôle est de canaliser ces véhicules dans les aires de repos. Au moment de l'éclipse, nous devrons gérer les éventuels troubles de la circulation ainsi que les probables manifestations de mécontentement caractéristiques chez certains conducteurs. Nous ne porterons pas de lunettes.» René Marck, directeur de la SODAG à Guebwiller : « Nous ne pouvons pas nous permettre d'immobiliser nos bus de 11 h à 14 h. Heures auxquelles tous les ouvriers se rendent à leur travail ou à leur domicile ! Ce jour là, les chauffeurs devront rendre leurs passagers attentifs aux dangers encourus. Les conducteurs seront informés des mesures à prendre par le biais de notes de service.» Jean-Pierre Perrin, boulanger à Guebwiller : « On regardera comme tout le monde. J'ai libéré les ouvriers de 12 h à 13 h. Ce serait bien d'aller à la montagne, mais il risque d'y avoir trop de monde, et on n'aura pas le temps d'y aller. Après l'éclipse, j'irai me coucher.»
Aujourd'hui, jour d'éclipse, les poules auront-elles des dents, les moutons deviendront-ils savants ?
(Photo « L'ALSACE »-AT)











