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Couleur café
C'est bien le train: il y a un service de café chaud. Drôle de goût, ce
café... instantané bolivien? Mon palais se remet difficilement du bombardement chilien
de Nescafé. Au Chili, il est impossible - IMPOSSIBLE - de boire un vrai café, si ce
n'est à Santiago, dans des locaux spécialisés en café, ou de jeunes filles, aux robes
plus moulantes que le latex ou en bikini, servent de succulents expressos à une
clientèle exclusivement masculine ("non, je ne veux pas emporter mon café, je veux
le consommer au comptoir!").

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En train pour la Bolivie
J'ai quitté le Chili, le sac lourd de quatre mois dans ce pays si
surprenant. J'ai passé ma dernière soirée chez Jeannette, rencontrée dans le bus, qui
s'est occupée de moi jusqu'au départ de mon train (trois heures du matin), ultime
exemple de la gentillesse chilienne.
Pour aller de Calama (Chili) a Uyuni (Bolivie), il y a donc ce train.
Hebdomadaire. C'est bien le train: il y a de la place (si ce ne sont les vélos de
Raphaël, Erwan, Andreas et Gritt, exceptionnellement voyageurs "passifs" en
train pour cause de grippe canadienne...) Deux wagons de "locos", plus un
exclusivement composé de gringos... va comprendre. Bon, il fait froid la nuit... Mais ce
n'est qu'un début!
Réveil vers huit heures, le train est arrêté quelque part dans la
montagne. Je sors me dégourdir les jambes et demande au conducteur la raison de notre
arrêt: "On attend la locomotive bolivienne". Ah. Et quand va-t-elle venir?
"Oh, dix minutes, vingt minutes, une heure..." Deux heures plus tard, nous
partons.
C'est bien le train: toussant et brinquebalant, il nous fait traverser les
Andes et l'Altiplano. Une terre uniformément brune, des volcans enneigés, quelques
salars (lacs de sel).
Collague, 3600 m, frontière chilienne. On attend que les bureaux de la
douane ouvrent. Les douaniers travaillent une fois par semaine et ne sont pas là. Tant
pis, on se range derrière ces femmes boliviennes à larges jupes et chapeaux melons, et
on attend.
Tampon de sortie du Chili. C'était mon dernier jour légal de résidence
dans le pays. La nuit tombe. Le train ne manifeste aucune intention de se relancer sur les
rails. Des doutes s'élèvent quant à l'heure de notre arrivée... Secousses: nous
repartons, mais pour nous arrêter quelque temps plus tard. C'est bien le train: il nous
pousse à pratiquer le zen avec assiduité.
Rendez-vous avec les douaniers boliviens au wagon restaurant.
"Bienvenue en Bolivie. Dix bolivianos (dix francs) s'il vous plaît." A mes
protestations, ils me montrent la circulaire, datant du 1er juin 1999, légitimant leur
requête. Mon sourire le plus suave n'a aucun effet, j'obtempère. Ce n'est qu'un début.
Nous sommes arrivés à Uyuni a deux heures du matin.Réveillée aux
aurores par des Français commentant "avec un haut-parleur" la qualité du
papier WC composé de pages de bandes dessinées (ouais, ben tu t'l'achètes ton papier
rose, et tu laisses les autres dormir!), en attendant que l'eau décongèle pour prendre
ma douche (oui, je sais qu'en France il fait trente degrés!), je petit-déjeune sur un
banc de la place ou je me fais aborder par Erika, huit ans, et sa petite sur, cinq
ans, qui me déballent leurs cahiers d'école et essayent mes lunettes de soleil (eh! il
fait peut-être froid, mais il y a un pur soleil!) avant de courir au son de la cloche
rejoindre leurs petits camarades en blouse blanche. On m'avait dit que les Boliviens
étaient froids et distants... il faut que j'arrête d'écouter les touristes.
Pendant qu'Erwan et Rapha, les deux journalistes-cyclistes de choc,
travaillent sur leurs articles respectifs, James (un Anglais rencontré dans le train) et
moi, nous embarquons pour un tour de quatre jours dans le salar d'Uyuni. (à suivre)
Laetitia SAARBACH |

Le salar d'Uyuni
(photo Hervé Suaudeau)

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