Louis Specker et Fernand Burget participent dimanche au festival du tracteur ancien à Reiningue. Depuis dix ans, ils récupèrent d'anciens modèles.
Ils ont vingt-quatre ans et cinquante tracteurs de différence. Louis Specker et Fernand Burget sont voisins. Depuis dix ans ils récupèrent des tracteurs anciens. Louis en possède 80 et Fernand 30. « Je me vois plus comme un conservateur que comme un collectionneur », explique Fernand. Les appentis de sa maison recèlent de vieilles machines, dont la motofaucheuse de son père, le premier véhicule qu'il a conduit. Pour ces deux hommes, les tracteurs anciens sont un moyen de se souvenir du passé, de leur jeunesse. Dimanche, ils exposeront huit modèles au festival du tracteur ancien de Reiningue. « Nous voulons montrer les machines avec lesquelles on travaillait la terre, il y a cinquante ans », raconte Louis, le premier à avoir commencer à récupérer les tracteurs anciens.
UN LENZ-BULLDOG POUR COMMENCER
« Je ne savais pas comment occuper ma retraite. Au début, j'ai pensé restaurer des meubles anciens », raconte Louis. Il a abandonné cette idée après avoir remis en état un ancien tracteur de marque Lenz-Bulldog qui devait servir lors d'une fête dans son village natal. « Il était du même type que celui que j'avais acheté avec ma prime d'installation de jeune agriculteur. Ça m'a plu de le réparer » poursuit Louis. C'était au début des années 80, Louis venait de revenir à Kappelen, après trente ans d'agriculture dans le Berry. La réparation de ce Lenz-Bulldog lui a donné envie de ramener dans son village les modèles qu'il avait gardés.« La première fois que j'ai entendu le "pom pom" du tracteur de Louis, j'ai tout laissé en plan et suis venu voir. Ça m'a rappelé mon enfance. J'en étais ému », raconte Fernand qui travaille pour un institut franco-allemand. Les deux hommes se sont alors mis en quête. « Transporter un tracteur coûte aussi cher qu'en transporter deux ou quatre. Chaque fois que j'ai trouvé un modèle que je voulais réparer, je devais en trouver trois autres. La collection a ainsi grandi », explique Louis dont le dada est d'ouvrir un bloc moteur pour « comprendre comment ça marche. » Il a effectué des visites dans plusieurs régions de France, passé des annonces dans des revues spécialisées pour trouver les modèles qui manquaient à ses séries. Des amis et le bouche à oreille lui ont permis de sauver d'autres carcasses de la rouille. Aujourd'hui, il préfère avant tout remettre en état ce qu'il possède. « Ce serait bien d'avoir un vrai lieu d'exposition. Un élu du conseil général me l'a promis mais c'est pour l'instant resté lettre morte », note Louis. De tous les tracteurs envahissant sa cour, le préféré de Louis est un petit peint en gris. « Je me souviens des publicités qui en étaient faites à sa sortie », explique-t-il. Il a récupéré les modèles sur lesquels il a travaillé au cours de sa vie d'agriculteur. Et d'autres. « L'idéal serait d'en avoir un de chaque modèle, pour qu'ils ne disparaissent pas ».
À BOULE
À la différence de Louis, Fernand privilégie les tracteurs sans système de levage à l'arrière. « Ce sont les plus anciens. Il sont souvent à boule (un système d'allumage) », explique Fernand. Le premier tracteur est arrivé à Kappelen en 1947. Il y avait alors 65 fermes pour 250 habitants. « En cinq ans, une dizaine d'exploitants se sont équipés. Aujourd'hui, il n'y a plus que cinq fermes dans la commune », précise Louis. Pour ces deux hommes dont l'un n'a pu travailler à la ferme de son père, trop petite, et l'autre dû aller ailleurs pour la même raison, les tracteurs font partie d'une histoire et d'une culture. « La question de la conservation de ces machines n'est pas réglée. Qui les récupèrera quand nous ne serons plus là ? », demande Louis.
Festival du tracteur ancien, ce dimanche à partir de 10 h, à la ferme de Rethlin, à Reiningue (entre Reiningue et Schweighouse). Exposition de tracteurs anciens, démonstration de battage à l'ancienne, musique. Restauration sur place. Des tracteurs neufs seront aussi exposés.
Louis Specker et Fernand Burget dans la cour de Louis, à Kappelen.
(Photo « L'ALSACE » - Philippe Sautier)











