Pour les ardents défenseurs des racines celtiques en Alsace, le Bollenberg constitue un ancien lieu de culte dédié à Bélénus.
Situé à 363 m d'altitude, le Bollenberg est l'une des collines sous-vosgiennes d'Alsace les mieux identifiées du grand public. Dominant, au sud de Rouffach et au nord de Soultz-Issenheim, les villages viticoles de Bergholtz, Bergholtz-Zell, Orschwihr et Westhalten, le Bollenberg est connu non seulement en tant que colline à sorcières (voir l'encadré), mais aussi comme haut lieu viticole d'appellation intermédiaire, voire temple botanique pour les naturalistes.
Le site a sans doute été occupé dès la plus haute antiquité et plus particulièrement à l'époque celte. L'ouvrage « Orschwihr, Bergholtz, Bergholtz-Zell » (Ed. Coprur) signale, la présence, jadis au sommet de la colline, de « blocs erratiques en grès » qui auraient pu être des dolmens. En outre, Adolphe Landspurg, président de l'association des sourciers d'Europe, avance dans son ouvrage « Les hauts lieux d'énergie d'Alsace, des Vosges et de la Forêt Noire » (Ed. du Rhin), que « le Bollenberg, qui fait face au Petit Ballon, était le Belenberg, la montagne de Belen, le dieu celte Bélénus ». Dans « Sourciers et science traditionnelle » (Guy Trédaniel, éditeur), le même auteur s'explique plus en avant : « Au solstice d'été, l'observateur situé au Bollenberg (...) verra le soleil se coucher derrière le col du Boenlesgrab, dans le secteur du Petit-Ballon. Le mot Bollenberg vient de Boellenberg qui signifie montagne de Belen, et le mot Boenlesgrab vient de Belenusgrab qui signifie tombe de Bélénus ». La théorie semble séduisante (voir l'encadré sur les autres étymologies de Bollenberg).
DES BALLONS ET DES BELCHEN
Malheureusement les connaissances des Celtes sont essentiellement d'ordre archéologique.
Mais Landspurg s'est beaucoup documenté sur ce sujet et ses références bibliographiques sont nombreuses. Selon ses recherches, le soleil celte possédait de nombreuses appellations : Bal, Bel, Belen, Boellen, Bélios (dieu solaire phénicien), Bélénos ou encore Bélénus : « Ce n'est pas par hasard si les prêtres du culte mégalithique, qui peuplaient le sud de l'Alsace, des Vosges, de la Forêt Noire et le nord de la Suisse, avaient appelé certaines montagnes sacrées Ballons et Belchen pour célébrer le culte à Bélénus (...). Qu'on les appelle Ballons ou Belchen, ces montagnes doivent leur nom au soleil (...) et non à leur forme arrondie », comme on pourrait le croire à première vue. A partir de cette démonstration, le chercheur a dressé une liste des montagnes solaires dédiée à Bélénus : Grand Ballon (ou Ballon de Guebwiller, sinon Ballon de Soultz), Petit Ballon et Ballon d'Alsace (ou Ballon de Belfort), voire le Belacker et le Bollenberg, en Alsace ; le Schwarzwaldbelchen, en Forêt Noire ; le Jurabelchen ou Belchenfluhe en Suisse et le Ballon de Servance et de Lure, au-delà de la ligne bleue, pour ne citer que les plus importants et les plus connus.
UN CULTE ÉLABORÉ
Les civilisations mégalithiques (le pluriel s'impose, car les Celtes étaient constitués de plusieurs peuples) sont arrivées de Germanie jusqu'en nos contrées entre 800 et 500 av. J.-C. Le soleil divinisé constituait un repère important dans leur vie quotidienne. Mais pas le seul, même si, selon Landspurg, ils divisaient l'année solaire en 16 périodes de 22 ou 23 jours. Mais, celui-ci précise dans son dernier ouvrage « Traditions solaires au pays des Ballons et des Belchen » (Editions du Rhin), que « les Celtes comptaient en nuits et non en jours. Le calendrier celtique était lunaire et il ne se réglait pas sur l'année solaire, mais sur l'année pastorale et agraire ». Ils avaient toutefois un grand sens de l'orientation comme en témoignent notamment les champs de pierres levées. Ils savaient aussi observer les courses solaires et lunaires jusque dans les moindres détails. Ainsi les Celtes fêtaient notamment les équinoxes et les solstices, chargés de symboles. Mais Landspurg reconnaît qu'il ignorait si ses protégés prévoyaient les éclipses totales ou partielles du soleil et de la lune et si, a fortiori, ils les fêtaient. Cependant, que l'on croie aux connaissances celtes sur les relations entre la terre et le ciel ou que l'on n'y croie pas, le rendez-vous de ce mercredi 11 août entre le soleil et la lune reste un moment privilégié soit pour se sentir momentanément en phase avec nos prédécesseurs d'il y a plus de 2500 ans ou du moins pour essayer de les comprendre.
Le Bollenberg : avant d'être la colline aux sorcières, puis la colline de sainte Apolline, il a bien pu être un haut lieu religieux celte. L'hiver ajoute au côté inspiré du lieu. (Photo d'archives « L'ALSACE » - JMN)











