De lune ou de soleil, partielles ou totales, les éclipses observées par le passé sont entrées dans l'histoire locale.
Jusqu'ici, aucune éclipse totale de soleil n'a encore plongé dans l'obscurité la cathédrale de Strasbourg, du moins pendant l'ère chrétienne. Les cartes du Bureau des longitudes établissent en effet que la dernière éclipse totale sur Strasbourg date du 20 novembre de l'an 393, donc bien avant la construction de la cathédrale : la date de 655, souvent avancée, serait erronée. Quant à la prochaine, elle sera visible le 3 septembre 2081, de la Bretagne à l'Alsace, selon les précisions fournies par l'observatoire astronomique. La probabilité d'observer une éclipse totale pour un endroit donné du globe est de une tous les 370 ans et l'on voit bien que pour Strasbourg, cette probabilité ne colle pas, puisque dans 82 ans déjà, on pourra en observer une autre. On... c'est à dire nos petits-enfants.
IL FALLUT ALLUMER DES LUMIERES...
Le phénomène, avant qu'on ne l'explique scientifiquement, effrayait les populations et la nouvelle d'une éclipse s'étant produite ici et là en Europe ou ailleurs a retenu l'attention des chroniqueurs alsaciens. Ils mentionnent plusieurs éclipses de soleil ou de lune, partielles ou totales. Une des chroniques les plus prolixes est celle de Tschamser, de Thann. Il fait notamment une description très frappante concernant une éclipse de 1567. « Le 9 avril, il y eut une si effrayante éclipse de soleil que de 11 h avant midi jusqu'à 1 h après midi on n'a quasi pas vu notre cher soleil : comme dans la nuit on put compter les étoiles au firmament ; le bétail des champs a couru avec force cris et beuglements vers les foyers et l'étable ; les oiseaux des airs qui à cette heure s'accouplent joyeusement et chantent et jouent se sont retirés dans leur nid en silence, comme s'il faisait nuit noire ; et en beaucoup d'endroits où l'on devait travailler, il fallut allumer des lumières à midi.» Specklin mentionne dans ses « Collectanées » une éclipse de 1544. « Anno 1544, le deux janvier, à 9 h du matin, il y eut en plein jour une si grande éclipse que les artisans ont allumé des lumières, faute de quoi on ne pouvait ni écrire, ni lire.»
UNE GRANDE PESTILENCE
Différents chroniqueurs font état de grands malheurs s'abattant sur les populations à la suite d'une éclipse. Berler écrit : « Une éclipse du soleil s'est produite anno Christo 1448 le premier jour du mois de septembre à la 4e heure. La même année a éclaté une grande et cruelle guerre en Angleterre, en France, en Allemagne, en Flandre, en Apulie. Les Grecs ont subi bien des dommages de la part des Turcs. Et deux années plus tard se produisit une grande pestilence.» Chez Thamser aussi on trouve dans la description d'une éclipse de 1485 la conviction qu'elle a entraîné des calamités. «...Elle fut bientôt suivie par un grand manque et des pertes en toutes choses, par famines et guerres.» Nos historiens actuels notent que les dates des relevés ne sont pas toujours fiables : souvent, une même éclipse est mentionnée à des dates différentes, en raison d'erreurs de copie et de transmission des chroniqueurs. Toujours est-il que leurs descriptions permettent de mesurer combien le phénomène plongeait les populations dans l'effroi. Pour l'astronome strasbourgeois Eberhardt Welper (1590 - 1664), à qui l'on doit une description d'une éclipse de 1654, les enfants naissant durant cette inquiétante obscurité étaient des monstres de la nature, ayant de grandes chances de mourir très jeunes ou à défaut, d'être pleins de vices...











