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Un siècle d'observation

Depuis l'inauguration de l'observatoire de Strasbourg, sous les Allemands, en 1881, l'astronomie a considérablement évolué : « Ce que le scientifique de jadis faisait dans une vie, il le fait aujourd'hui en un an ».

« AUJOURD'HUI, le scientifique collé à la lunette, en train d'observer le ciel, est une image d'Epinal », affirme Bernard Traut. Responsable logistique de l'observatoire astronomique de Strasbourg, il en a suivi les évolutions ces dernières décennies, puisqu'il y est entré en 1960.

« Je me souviens que quand je suis arrivé, les astronomes parlaient déjà de l'éclipse de 1999, en calculant s'ils avaient une chance de la vivre. Mais aucun d'eux n'est plus là ». Pendant des années, il a été chargé de concevoir des instruments de mesure, chose qu'on ne fait plus aujourd'hui en matière d'astronomie. « Ce que l'astronome de jadis faisait dans une vie, il le fait aujourd'hui en un an », dit-il, pour illustrer l'évolution très rapide à laquelle il a assisté.

L'HEURE EXACTE

Quand l'Alsace passe sous domination allemande en 1872, l'empereur Guillaume décide de la construction d'une nouvelle université à Strasbourg. Une chaire d'astronomie en fait partie et l'observatoire, construit à la périphérie de la ville, à côté du jardin botanique, est inauguré en 1881. « Les Allemands ont vu grand et l'ont doté d'un matériel très performant pour l'époque. Il a d'ailleurs toujours été à la pointe de l'astronomie française». D'anciennes photos représentent des astronomes scrutant le ciel à travers d'imposantes lunettes, installés sur la terrasse longeant la coupole. Celle-ci a un toit ouvrant, pour permettre l'observation par un télescope géant, le grand équatorial, doté d'un objectif de 487 mm et de 7 m de focale. « Il y avait aussi une méridienne orientée nord-sud, qui mesurait l'heure exacte. Dans le sous-sol de l'actuelle crypte, il y avait une horloge mécanique qui gardait le dixième de seconde sur l'année et dont le mécanisme était sous vide, pour empêcher les frottements : en 1960 encore, toutes les horloges de Strasbourg étaient synchronisées sur l'horloge de l'Observatoire». Les astronomes ont en effet besoin de connaître l'heure exacte et utilisaient un chronographe (qui enregistrait la durée de l'observation). Aujourd'hui, des horloges atomiques sont directement reliées aux ordinateurs.

DEVOIR DE MÉMOIRE

Le temps où l'on travaillait avec une règle à calculer, du papier et des lunettes est bien révolu et la grande coupole ne reçoit pratiquement plus de scientifiques. « L'astronome n'est plus collé à la lunette, mais à l'ordinateur. On n'observe plus le ciel dans les petits observatoires, cela ne se fait qu'à Grasse et au Pic du Midi. On observe ailleurs et on ramène les documents à Strasbourg pour le traitement. L'astronomie a subi une révolution, qui a suivi l'évolution des technologies en général.» Ce qui n'empêche pas l'Observatoire de continuer à vivre et à être utile. Pour l'observation du ciel, ce sont des amateurs qui apprécient désormais les équipements, au cours de séances de découverte organisées par le Planétarium. « Nous avons un devoir de mémoire et nous essayons de conserver le mieuxpossible ce qui a trait aux observations, les instruments de mesure, les lunettes, un astrolabe arabe du 13 e siècle...» Les astronomes ne viennent regarder les étoiles que quand il y a un événement exceptionnel à observer.

SPÉCIALISATION

La mission de l'Observatoire a donc changé et Bernard Traut rend hommage à l'ancien directeur, Pierre Lacroute, pour avoir créé en 1972 le Centre de données stellaires, devenu par la suite Centre de données astronomiques de Strasbourg (CDS). « C'était le premier du genre et en tant que premiers, nous avons pris de l'avance ». Il s'agit d'un service international sur lequel se sont greffées des équipes de recherche. Il est utilisé par la Nasa, l'Agence spatiale européenne, le Centre national d'études spatiales pour préparer les missions dans l'espace. « Il y a 700 à 800 connexions par jour. Il faut savoir que comme d'autres sciences, l'astronomie s'est spécialisée. Il y aujourd'hui la cosmologie, l'astrophysique, les hautes énergies et les jeunes arrivant dans le métier sont déjà spécialisés». Dans cette configuration, le Planétarium créé dans les années 80 et dirigé par le professeur Agnès Acker fait figure d'interface entre la science et le grand public. « Il répond à un besoin d'informer et à un devoir de diffusion de la culture. C'est un peu notre fleuron : nous sommes le seul Observatoire en France à avoir un Planétarium ».

A gauche, une lunette équatoriale de 487 mm d'ouverture de Mertz-Respold (1926) ; à droite, la coupole sud, avec une lunette de 160 mm (1926). (Documents : Fonds photographique de l'ULP - Collection Observatoire astronomique de Strasbourg)

Susanne MAYER

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A gauche, une lunette équatoriale de 487 mm d'ouverture de Mertz-Respold (1926) ; à droite, la coupole sud, avec une lunette de 160 mm (1926). (Documents : Fonds photographique de l'ULP - Collection Observatoire astronomique de Strasbourg)
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