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DÉFIS ET STRATÈGIES

Le Monopoly a donné lieu à toutes sortes de défis aussi fous les uns que les autres. La partie la plus longue a duré 70 jours. Il s'est joué des parties dans un ascenseur en mouvement durant 16 jours, dans une baignoire durant 99 heures, sous terre et même sous l'eau. Le premier tournoi de Monopoly immergé a d'ailleurs eu lieu cette année à San Diego, en Californie.
Avec le premier championnat international créé en 1975, le Monopoly est passé du rang de jeu de hasard à celui de jeu de stratégie, fondé sur les capacités intellectuelles et l'aptitude à négocier. Aux Etats-Unis, nombre d'ouvrages savants ont été publiés sur la question. Encore récemment, un mathématicien anglais a mis au point un logiciel de simulation de parties et s'est rendu compte que «la case la plus visitée est celle de la prison».

«Il faut acheter les oranges et les rouges», en a déduit John Haig. La place Pigalle comme l'avenue Henri-Martin, situées à un double jet de dés de la cellule, sont du meilleur qualité/prix, d'après ses conclusions. En revanche, les vertes et les bleu clair sont à éviter. Au Monopoly comme en affaires, il faut viser le profit maximal pour un investissement minimal et l'expérience du jeu prouve que certains terrains, accompagnés d'un certain nombre de constructions, sont plus rentables que d'autres. A chacun de trouver ces subtilités.


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Grande et petites histoires du monopoly


Le Monopoly se met au goût du jour avec cette édition spéciale Europe.   (Photo Thierry Gachon)

Le plateau aux quarante cases a vu le jour aux Etats-Unis, au début des années 30, en pleine crise économique due au krach boursier de 1929. Un chômeur l'aurait inventé, en y mêlant tous les ingrédients du rêve américain (spéculation, prospérité...). C'est du moins la version officielle de la société Hasbro, qui diffuse le jeu en Europe. En fait, comble d'ironie, le Monopoly, ancêtre d'une lignée de jeux capitalistes, serait d'inspiration socialo-utopiste. Il puiserait ses origines et ses règles dans le jeu du propriétaire, inventé en 1904 par Elisabeth Magie, une membre de la secte des Quakers (mouvement religieux protestant). Le but de cette idéaliste était de dénoncer les abus des propriétaires fonciers, et non d'accumuler les millions et les hôtels.

«52 ERREURS FONDAMENTALES»

En 1933, l'Américain Charles B. Darrow, représentant de commerce au chômage se serait donc largement inspiré du jeu du propriétaire, pour créer la version actuelle du Monopoly. L'historiographie officielle raconte qu'il a commencé à le fabriquer en petite série, dans son garage de Germantown, une petite ville de Pennsylvanie, en prenant des rues d'Atlantic City, station balnéaire et ville de jeux du New Jersey.
En 1934, il présente son invention à la firme Parker Brothers, spécialisée dans les jeux de société. Verdict implacable des experts, qui relèvent «52 erreurs fondamentales»: le jeu est trop long, trop compliqué... Pour eux, le Monopoly n'a aucun avenir. Mais Charles Darrow ne baisse pas les bras et se lance dans la diffusion commerciale, par ses propres moyens et grâce un ami imprimeur. Avec succès. Devant un tel engouement, Parker Brothers lui propose de confortables royalties en échange des droits sur le jeu. Après quelques modifications, le Monopoly est lancé sur le marché en 1935. Dès la première année, il s'en vend plus de vingt mille exemplaires chaque semaine.
En 1976, un professeur d'économie, Ralph Anspach, défend l'autre version de l'histoire devant un tribunal de San Francisco, en mettant en avant le rôle d'Elisabeth Magie. Non sans quelqu'intéressement et positionnement idéologique. Il vient de lancer un «anti-Monopoly», où les joueurs cherchent toujours à faire fortune, mais en combattant les puissants monopoles. La Parker l'accuse de plagiat devant la justice. Après une longue bataille juridique de huit années, Ralph Anspach obtient le droit de commercialiser son jeu, à condition d'y apposer une mention pour éviter toute confusion. Le brevet du Monopoly appartient sans conteste à Parker Brothers. La firme a eu la sagesse de racheter les droits originaux à Elisabeth Magie en 1936, pour une bouchée de pain et sans lui verser de royalties.
Ce procès n'empêche en aucun cas le Monopoly de poursuivre son bonhomme de chemin. Actuellement, la société Hasbro se vante d'imprimer dans le monde plus de billets de jeu que la Banque fédérale des Etats-Unis. Depuis 1935, plus de 5,12 milliards de maisons vertes ont été construites.

Aujourd'hui, face à la concurrence des jeux vidéos ou d'autres de jeux de société comme le Trivial Pursuit, la version ludique de la spéculation immobilière occupe toujours le terrain, sans le monopoliser mais en en tirant un max de gains. D'ailleurs, le Monopoly s'est mis à la page des nouvelles technologies, avec une édition électronique (qui a plutôt fait un flop) et une version CD-Rom. Des parties peuvent même se jouer sur le web, entre internautes issus de différents pays, mais uniquement sur des serveurs anglophones.
Seul hic pour les accros: l'argent reste virtuel et du coup, l'intérêt du jeu en pâtit. On a tous un jour rêvé d'être milliardaire, Monopoly l'a fait.

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