Dimanche 27 juin 1999

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L'origine
d'un conflit

Ralco se situe dans la Cordillère de la VIIIe Région du Chili, une des plus grandes réserves naturelles de la planète. Le Bio Bio est un des fleuves les plus
importants du  Chili (380 km), et fournit en eau potable 500 000 personnes.
L'entreprise d'électricité (ENDESA) projette de construire un
complexe hydroélectrique de six barrages, qui inonderont tout une région et
mettront en danger la stabilité culturelle, sociale et économique de 10 000 personnes.
Une première centrale, Pangue, est déjà en fonction. Elle a altéré la
qualité de l'eau et le débit du fleuve, met en danger d'extinction trois espèces de poissons, cinq espèces de mammifères, quatre espèces d'oiseaux et douze espèces
d'arbres. Cette centrale a augmenté l'érosion du lit et du rivage plus en aval, et participe a la contamination de l'eau qui arrive au Golfe d'Arauco.
Le projet Ralco -du même ordre- détruira plus de 70 km de fleuve et 4000 hectares
d'un des écosystèmes les plus riches du pays, inondera 19 cimetières, 70 sites archéologiques, et obligera à évacuer des familles indiennes - (Mapuches-Pewenches) natives du secteur.


On the road

Dans le registre voyage à vélo, j'ai rencontré deux p'tits jeunes qui font Ushuaia - fairbanks en vélo. Pour les amoureux du voyage,
du vélo, de
l'Amérique du Sud ou de l'aventure (cocher la bonne case), ils ont un site très intéressant. Ils s'appellent Raphaël Krafft et Erwan Barret et leur site est accessible à l'adresse suivante:
www.rando-
america.org


Dans nos archives

 

Pour une poignée d'indiens

D'un côté une centrale hydroélectrique qui doit permettre de fournir une électricité vitale, de l'autre quelques familles d'indiens qui vont devoir abandonner leurs terres ancestrales.


Tous les indiens Pewenches ne sont pas mobilisés contre le projet Ralco. Certains ont déjà vendu leurs terres à l'entreprise ENDESA. (Photo L.S.)

Lorsque j'ai entendu parler pour la première fois du conflit de Ralco (lire ci-contre), j'ai essayé de comprendre l'état d'esprit de la population. La réponse est claire: le Chili a besoin d'énergie, et Ralco est un sacrifice pour le progrès. C'est vrai que le Chili a besoin d'énergie. Actuellement toute l'énergie vient des centrales hydroélectriques, et ce système montre ses limites quand il y a des sécheresses comme c'est le cas depuis deux ans du fait de la "Nina" (phénomène atmosphérique, conséquence d'un courant chaud, contraire au "Nino").

De ce combat contre le complexe hydroélectrique dépend toute la communauté indienne du fleuve Bio Bio.

Par ailleurs, comme je l'ai constaté précédemment lors de mon voyage dans les canaux chiliens, le Sud du pays a un potentiel hydraulique énorme non exploité, sans doute à cause de la faible population de cette région.
Cela illustre parfaitement le déséquilibre qui règne au Chili en matière d'énergie.
Pourtant, un échange pourrait être envisagé avec l'Argentine: le Chili lui vendrait de l'électricité au Sud, et l'Argentine la "rendrait" au Nord (cette supposition m'a été faite par un ingénieur d'ENDESA).
Mais c'est l'entreprise privé ENDESA (privatisée lors de la dernière semaine de la dictature et aujourd'hui espagnole) qui détiens le quasi monopole en génération hydroélectrique, et est en possession des droits sur l'eau. Cette situation oriente les choix de la politique économique du pays. Par exemple, lors de la récente crise énergétique, les autorités ont préférer couper l'électricité plutôt que d'acheter du gaz à l'Argentine. Il se murmure que ce serait une stratégie pour légitimer la construction de la centrale Ralco aux yeux de l'opinion publique.
Que puis-je dire alors que notre énergie en France est d'origine nucléaire... 
"L'énergie hydroélectrique c'est bien, mais pas en mega-projet" m'explique Éric, volontaire auprès des Pewenches.
Il existe en effet des alternatives: le programme "Chili Sustentable" montre qu'il est possible d'économiser 300 mégawatts dans les prochaines années, en améliorant l'utilisation électrique dans les secteurs miniers, urbains et industriels.


Les manifestations se déroulent dans un contexte pré-électoral

Il est également possible de substituer au mega-projet Ralco, une centrale à cycles combinés, qui permettrait d'obtenir le même rendement électrique que la centrale Ralco pour un coût moindre.
Le progrès n'a pas toujours la même signification... que l'on habite près de la future centrale de Ralco ou dans une grande ville chilienne. En France les personnes âgées de Tignes se souviennent encore que leur village fut englouti pour produire plus d'électricité.

Laetitia SAARBACH


Un conflit qui dure

La lutte contre la centrale Ralco a suivi la lutte contre la centrale Pangue, qui a commencé en 1992.
Aux indiens Pewenches, s'ajoutent les écologistes, étudiants et personnes dependantes du fleuve, jusqu'à Concepcion.
Ces derniers mois, dans une atmosphère pré-électorale (les élections présidentielles auront lieu en décembre 99), le conflit s'est intensifié. Le 18 février 99, lors d'une occupation, les affrontements avec la police ont entraîné l'arrestation de 27 personnes. Le 18 avril 1999, une marche à Ralco "Pour le Respect et le Droit à la Vie" a réuni plus de 500 personnes.
Le 23 mai 1999, une manifestation pacifique avec occupation de l'entreprise de construction a permis une entrevue avec le gouverneur de la province et a été largement médiatisée. Le 28 mai 1999 une manifestation s'est déroulée Place de la Constitution, face à la Moneda.
A présent, que peut-il se passer ?
Toute la question est de savoir laquelle des deux lois (Indigène ou
Électrique) prévaut. Pour l'instant, le travail d'ENDESA est illégal.
Le gouverneur de la province propose de laisser la justice trancher.
Selon la Loi indigène, si les personnes ne veulent pas quitter leurs terres,
il est impossible de les exproprier. Le problème c'est que la communauté est divisée. Certains des Pewenches ont déjà signé les permutations de terres. D'autres travaillent pour ENDESA. A la question du faible pourcentage des opposants à la centrale, on m'objecte qu' ENDESA a usé de pressions par le chantage, profitant de la mauvaise compréhension de l'espagnol des Pewenches, et de
corruption par l'alcool. "Il sont arrivés avec des caisses de vin" atteste
Eric.
La fin de la construction de la centrale Ralco est prévue pour 2001.


Sur le Web

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