Incarnation de l'amour fou, la mythique Louise Brooks était aussi une rebelle... Hollywood n'aimait pas ça... Alors, un jour, la lumineuse « Loulou » a tiré sa révérence.
Dire que les stars d'Hollywood étaient belles est un truisme. Evidemment, qu'elles étaient belles, sans quoi, comment -et Louise Brooks, la première- nous auraient-elles fait rêver ? D'autant qu'elles nous font toujours rêver. La star de l'âge d'or hollywoodienne, c'est tout le contraire de la comédienne qui nous est familière aujourd'hui. Prenons deux exemples qu'on aime d'ailleurs bien... par ailleurs : Miou Miou dans « Les valseuses » et Elodie Bouchez dans « La vie rêvée des anges». Elles sont marrantes, touchantes, justes aussi, mais elles sont quotidiennes... La star, c'est du rêve en barre, du fantasme bien pesé. C'est apprêté, falsifié, décoré, maquillé, mais ça vous embarque en un tournemain dans un monde magique. Evidemment le cinéma du réel en prend un sale coup, mais tant pis. Star, Louise Brooks l'était assurément par le miracle de sa présence et la troublante symbolisation charnelle de la Beauté. Mais avec quelque chose de plus qui se partage entre l'exigence et l'indépendance. Ce qui ne l'empêche pas de rayonner comme un diamant noir. Mais, là encore, sous la frange noire, il y a deux yeux moqueurs qui renvoient à chacun le reflet de son inanité... C'est avec « Loulou » (1929), « Journal d'une fille perdue » (1929) et « Prix de beauté » (1930) que le festival de Cannes va rendre, cette semaine, hommage à une comédienne qui cultivait la franchise et un goût impulsif pour la vérité... Dans Lulu in Hollywood, où elle raconte sa vie et son cinéma -car l'actrice savait aussi écrire, et d'une plume corrosive s'il vous plaît-, elle note sur le tard : « Telle je suis restée, quêtant sans relâche l'authentique et la perfection, impitoyable envers le faux, généralement exécrée sauf par ceux, rares, qui ont surmonté leur horreur de la vérité afin de laisser libre cours au meilleur d'eux-mêmes ». Elle débute en 1921 comme danseuse aux Zieglfield Follies, puis s'installe à Hollywood. Avec ses cheveux coupés à la garçonne, elle incarne la femme moderne et lorsqu'on lui demande le secret de la fascination qu'elle exerce, elle glisse : « Je suis une blonde aux cheveux noirs».
L'AMOUR ET LA MORT
« Loulou », son film le plus célèbre, est souvent considéré par les cinéphiles de diverses générations comme le film par excellence,« celui où la rêverie, écrit Jacques Lourcelles, d'un cinéaste, incarnée dans la plus parfaite des actrices, s'est ouvert une voie royale vers l'inconscient des spectateurs et l'immortalité». A la veille du parlant, la Paramount ne tenait pas tant que cela à garder sous contrat certains acteurs du muet. Elle laissa donc partir Louise Brooks... en qui Pabst, à la recherche de sa Loulou idéale depuis des mois, vit instantanément l'incarnation de son rêve. Mais, en Allemagne, les choses ne se passèrent pas au mieux sur le tournage. Certain acteur refusait de parler à Louise Brooks, d'autres insinuaient qu'elle avait jeté un sort à Pabst, qui le rendit aveugle à son absence de talent. Il reste que « Die Büchse der Pandora » est l'admirable danse d'amour et de mort d'une héroïne incandescente. Qui aurait bien plu aussi à Marlène Dietrich. L'ange bleu aurait même déclaré : « Imaginez que Pabst a choisi Louise Brooks alors qu'il aurait pu m'avoir ». Mais Louise Brooks le lui rendait bien, trouvant Marlène suspecte de s'être laissée griser par les paillettes hollywoodiennes. Par contre, elle admire Greta Garbo. Ce qui ne surprend pas vraiment. L'une et l'autre ont la même perfection dans les traits, le même mystère qui distille le désir et le même mépris pour les chichis du cinéma. Avec la Divine, Louise Brooks partage aussi la solitude et le fait d'être parties en pleine gloire...
UNE CROIX SUR LE PASSÉ
Au retour d'Allemagne, elle disparaît des écrans. Le système hollywoodien a-t-il compris qu'il ne dompterait jamais cette femme libre ? En 1940, avec une carrière riche d'une vingtaine de films seulement, elle décide de quitter le cinéma. Elle se retire un temps auprès de son père à Wichita dans le Kansas. Après quoi, elle part s'installer à New York et observe, amère : « Je m'aperçus que la seule carrière rémunératrice à laquelle pouvait prétendre une actrice ratée de trente-six ans était celle de la galanterie. Alors, j'ai fait une croix sur mon passé, refusé de voir les quelques amis de cinéma qui me restaient et me suis mise à flirter avec des mirages engendrés par des petits flacons de somnifères jaunes...» Celle, dont le critique Ado Kyrou disait qu'elle est « l'apparition parfaite, la femme rêvée, l'être sans lequel le cinéma ne serait qu'une pauvre chose », celle qui savait s'offrir toute entière à l'écran et qui fit se pâmer les surréalistes, est morte en 1985 à l'âge de 78 ans. Méconnaissable mais libre, Louise Brooks affirmait : « Nous sommes tous égarés. J'ai renoncé à me trouver. Ma vie ne fut rien». Nous reste l'aura voluptueuse d'une femme radieuse.
Louise Brooks, une femme libre dans le carcan d'Hollywood.











