Simon Phillips a rejoint Toto en 1992, succédant au batteur Jeff Porcaro prématurément décédé. Il évoque ici le groupe californien, qui vient de sortir « Mind Fields », son dixième album.
Votre dernier album marque-t-il une nouvelle étape dans l'évolution de Toto ?
Oui, notamment avec le retour de Bobby Kimball au chant. L'album offre une palette des plus variées. Essentiellement parce nous avons pu décider de son contenu. C'est notre dernier disque avec Sony, nous avons donc décider de faire un album comportant de nombreux titres et couvrant d'un large horizon.
On qualifie très souvent votre musique de « rock californien », adhérez-vous à cette définition ?
Non, pas vraiment. Je ne pense pas que l'on puisse parler d'un type de rock particulier. Notre nouvel album, « Mind Fields », comporte différents styles de musique : certaines parties sont très proches du rock des Stones ou des Who, d'autres sont plus modernes, plus instrumentales, ou plus jazzy, d'autres encore allient ces différents aspects. C'est vraiment un mélange tout à fait caractéristique des albums de Toto car justement il combine différents types de musiques. Chaque membre du groupe a joué avec de très nombreux artistes très différents. Personnellement, j'ai joué du heavy metal avec Judas Priest ainsi que du smooth jazz avec David Benwalk pour ne citer que deux exemples. Mon propre projet en solo est avant tout instrumental plus jazz. Steve Lukather et moi faisons également partie d'un groupe, Los Lobotomys, dont l'esprit est lui aussi beaucoup plus jazzy. Nous avons tous traversé différents courants musicaux.
Vous ne pensez donc pas que l'on puisse parler d'un son propre à Toto ?
S'il y en a un, nous l'obtenons quand nous nous réunissons tous ensemble. Oui, c'est vraiment cela : nous pouvons jouer des morceaux du type Who ou Stones mais l'on reconnaîtra la patte de Toto à notre jeu, à notre façon de produire nos disques.
Pensez-vous avoir fait des émules ?
Non, je ne pense pas (rires), je n'ai pas entendu un seul groupe ressemblant de près ou de loin à Toto.
Nombre d'entre-vous ont baigné dès leur enfance dans une atmosphère très jazz. Celle-ci a-t-elle influencé la musique de Toto ?
Oui, absolument. Mon père était jazzman en Angleterre, il a fait partie d'un groupe de dixieland pendant de nombreuses années. Le père de Mike Porcaro faisait lui aussi partie de ce même univers, tout comme le père de David Paich, Marty Paich, le célèbre compositeur. Nous avons été élevés dès notre plus jeune âge dans le milieu professionnel de la musique.
La plupart d'entre vous ont d'ailleurs débuté comme musiciens de studio.
La plupart des membres du groupe actuel s'étaient en fait rencontrés au lycée et avaient déjà formé un groupe, Rural Still Life. Ce n'est qu'ultérieurement qu'ils ont entamé leur carrière de musiciens de studio. C'est à l'occasion d'une tournée avec Boz Scaggs que le label Epic leur a donné l'opportunité de créer le groupe Toto.
En 20 ans, la physionomie du groupe s'est souvent modifiée : longue absence de Bobby Kimball, mort de Jeff Porcaro... Le groupe a-t-il su néanmoins préserver son identité ?
Les principaux compositeurs du groupe ont toujours été David Paich et Steve Lukather. Quoi qu'il advienne, ils continueront à écrire. Bien évidemment, chaque fois qu'un nouveau membre s'est intégré au groupe, sa personnalité, ses compositions personnelles ont enrichi le « mix » déjà existant. Mais c'est Dave l'élément central ; c'est le fondateur, la pierre angulaire du groupe.
Comment expliquez-vous les fréquents changements de chanteurs qui ont rythmé la vie de Toto ?
La plupart des groupes n'existent en général que deux ou trois ans. Pourquoi ces groupes se séparent ? Par lassitude, en raison de problèmes divers. Toto est là depuis plus de 22 ans. En fait, être chanteur de Toto n'est pas une tâche aisée, le niveau des musiciens étant particulièrement élevé et les chansons très difficiles à interpréter. Très peu de chanteurs peuvent assumer ce rôle. De plus, Luke est aussi chanteur, qui plus est de talent, tout comme Dave. Cela nous fait trois chanteurs. Cela complique les choses. Je pense personnellement que Bobby est le chanteur idéal pour le groupe. A une certaine période, certaines divergences sont apparues, Bobby est parti et Toto a connu de nouveaux chanteurs. Je ne pense pas que Toto ait trouvé immédiatement sa voix. Mais le retour de Bobby est une avancée vraiment positive.
Pensez-vous que désormais la structure du groupe va rester la même ?
C'est difficile à dire, mais je pense que oui, nous quatre certainement. Bobby est vraiment content de retrouver le groupe et de notre côté, nous sommes heureux qu'il soit de retour. Tout va vraiment dépendre du contrat pour notre prochain album, nous ne voulons pas nous précipiter afin d'éviter tous les déboires que nous avons connus avec le contrat précédent. Nous avons largement le temps de négocier et de le réaliser.
Votre nouvel album connaît un important succès. Il caracole en tête des hit-parades suisse, allemand ou japonais. Mais la sortie de votre album aux USA n'est prévue qu'en mai.
La situation y est totalement différente. La maison de disques aux Etats-Unis, pour d'obscures raisons, n'aime pas Toto, ils ne nous aident pas alors que Sony International nous adore. Outre-Atlantique, la maison de production nous assassine, les médias nous assassinent. Nous ne sommes pas les premiers à qui cela arrive, de nombreux autres groupes ont été victimes du même phénomène. L'Amérique de nos jours n'est pas l'endroit idéal pour faire de la musique. Bien sûr, c'est un lieu de création des plus importants, les USA comptent de nombreux musiciens de talent, mais pour les médias, c'est une toute autre histoire... En fait, comme notre contrat avec Sony s'achève, nous sommes en train de nous tourner vers d'autres gens aux Etats-Unis en espérant qu'ils feront mieux leur travail. C'est triste, mais c'est comme ça.
Votre public est donc essentiellement européen...
Nous avons un public important en Europe, mais aussi en Extrême Orient, en Afrique du Sud, en Amérique Latine, un peu partout à l'exception de l'Australie, des USA, et du Royaume Uni. C'est vraiment étrange...
La plupart des membres du groupe sont impliqués dans d'autres projets : carrière solos, enregistrements divers... mais Toto existe toujours. Après 20 ans de carrière et un tel succès, qu'est-ce qui vous motive encore aujourd'hui ?
Chacun de nous est impliqué dans divers projets mais après quelques années nous apprécions vraiment de nous retrouver tous ensemble car Toto nous permet de réaliser de grands concerts et de disposer d'importants moyens de production ; ce que bien évidemment nous apprécions tous. Notre motivation est avant tout liée à notre succès. Nous avons de nombreux fans partout dans le monde, nous avons vendus près de 12 millions d'albums. C'est ce public, ces fans qui nous motivent.
legende toto
Pour le groupe créateur de « Africa », ce nouvel album signe le retour de Bobby Kimball au chant.











