Connue dans le monde entier grâce aux tableaux de Paul Cézanne, la montagne Sainte-Victoire sera illuminée durant les toutes premières heures de l'an 2000 si l'opération ambitieuse lancée par un élu local aboutit. Scénario : le 31 décembre 1999, à minuit, 380 projecteurs s'allument dans la nuit noire pour faire briller durant quelques heures les reliefs calcaires de la vénérable montagne provençale. Il s'agirait de la plus grande illumination d'un site naturel jamais réalisée au monde, selon Michel Boulan, avocat et maire de Châteauneuf-le-Rouge, commune voisine du site, qui a créé le « Comité Sainte-Victoire 2000 » pour piloter ce projet.
« ÉLÉMENT DE MODERNITÉ »
L'objectif est de faire de la Sainte-Victoire « un phare, un signal, un élément de modernité dans un pays de tradition » en ces instants symboliques. Visible à plusieurs dizaines de kilomètres alentour, cette illumination devrait aussi faire le tour de la planète grâce à sa retransmission par internet et la télévision, éventuellement avec des images photographiées par satellite. Initialement chiffré à 20 millions de francs, le budget du projet a été ramené à moins de 6 millions de francs. Pour le financer, Michel Boulan compte sur des partenariats qui pourront ensuite tirer profit des droits de retransmission et de reproduction des images de la montagne en gloire illuminée. EDF ayant jugé un câblage trop coûteux et délicat, les projecteurs de 1,8 kw, sur la façade sud et les extrémités est et ouest de la montagne, longue de 8 km et culminant à 1011 mètres au Pic des Mouches, seraient alimentés par des groupes électrogènes. « Cette illumination représente une fois et demie ce qu'il a fallu pour éclairer le stade Vélodrome lors du Mondial. C'est réaliste, raisonnable et faisable », affirme Bernard Amiot, responsable régional de Philips-Eclairage, enthousiasmé par « cette idée hors norme ».
RÉTICENCES
Pour vaincre les réticences des nombreuses associations de défense de l'environnement, Michel Boulan souhaite transformer le « Comité Sainte-Victoire 2000 » en une fondation vouée à la protection de la célèbre montagne, qui bénéficierait d'une partie des droits sur les images du site qui attend son classement au patrimoine mondial par l'UNESCO. Mais déjà, Christian de Barbarin, maire de Vauvenargues, au nord de la Sainte-Victoire, et président du syndicat intercommunal, se dit« effrayé par la dimension médiatique » du projet qui risque, selon lui, « de transformer la montagne en Mont Saint-Michel ». « Je n'y crois pas, dit-il. L'idée ne manque pas de charme, mais elle est irréaliste, car on ne peut pas spéculer sur le beau temps et le projet est très onéreux ». Pour cet élu « réticent et sceptique », il n'est « pas question de voter un sou » pour cette opération. Michel Boulan estime lui que « le projet a 99,9 % de chances d'aboutir ».











