Curé à Geispitzen puis à Carspach, l'abbé Ellerbach a fondé un institut hydrothérapique. Il était à la fois prêtre, historien et guérisseur.
LA SOCIÉTÉ d'histoire de la Hochkirch et de Haute-Alsace a publié en 1987 une biographie signée de Gérard Rapp sur « Jean-Baptiste Ellerbach, une vie au service des Hommes ». Fils de cultivateur, il est né à Guevenatten, le 18 juin 1850. Il a fréquenté la petite école du village qui était, comme le mentionne Gérard Rapp dans sa biographie, « à l'époque, une charge importante pour la petite commune de 318 habitants ». Son instituteur remarque très vite « cet enfant doué » et conseille à sa famille de le faire étudier au collège épiscopal de Lachapelle-sous-Rougemont. C'était un grand sacrifice financier pour eux, mais ils ont accepté. Durant ses études Jean-Baptiste Ellenbach ne connu que « travail, austérité, discipline », et comme distraction, la promenade dominicale.
LA GUERRE DE TRENTE ANS
Il fut ordonné prêtre en 1873 et devint curé de Geispitzen de 1885 à 1895. « Rien ne paraissait devoir interrompre le cours de ses pieux labeurs, les loisirs de JB Ellerbach étaient remplis utilement par des recherches historiques ; il fouillait les archives des grandes villes dans le but de publier une histoire détaillée de l'Alsace pendant la guerre de Trente ans ». Un jour, il fut bouleversé par les livres d'un prêtre médecin allemand, Sébastien Kneipp. Les biographes de Sébastien Kneipp rapportant qu'il était né en Bavière en 1821. Très pauvre, il a contracté la tuberculose. Un jour, il est tombé par hasard sur un petit livre sur « de la puissance curative de l'eau froide », d'un certain Dr Hahn. Il mit en pratique l'enseignement de ce dernier et obtint une guérison totale. De prêtre, il devint médecin son altruisme le poussa à se pencher sur les « êtres souffrants ». Il a étudié et expérimenté cette science de l'eau, de nombreux malades, venus le voir ont été guéris avec succès, Kneipp a été bientôt connu du monde entier. Fasciné par l'expérience de ce prêtre médecin J.B. Ellerbach souffrait lui aussi d'un emphysème au poumon droit, et adapta la méthode de l'abbé Kneipp et guérit lui aussi. Il conseilla à d'autres les remèdes et obtenait de bons résultats. « Il y avait à Geispitzen des malheureux abandonnés par les médecins » rapporte son biographe, qui estime que Jean-Baptiste Ellerbach a lancé le défi à la science.
GUÉRISONS
Rosine Haby habitait Geispitzen, âgée de 45 ans. Gérard Rapp raconte qu'« elle souffrait depuis six ans d'une paralysie des nerfs et des membres. Continuellement alitée, couverte de plaies, sa vie était une énigme en égard au peu de nourriture qu'elle prenait, une vie humiliée dans la souffrance ». L'abbé Ellerbach lui a proposé une cure d'eau. Après huit jours de soins, la malade s'asseyait dans son lit, après trois semaines, elle marchait, six semaines plus tard elle vint remercier le curé qui l'avait guérie. A l'Auberge que tenait ses parents, elle pouvait désormais raconter la fin de sa maladie. Joseph Rasser était lui aussi un « cas » que ses médecins avaient condamné. Il avait 20ans et attendait l'onction des malades. La méthode curative par l'eau l'a remis sur pied, et il atteint l'âge de 91ans. Devenu « le Kneipp alsacien » l'abbé Ellerbach devint la cible d'attaques de la part des docteurs, auxquelles il répondait par... le silence. Cependant, il était difficile pour lui de « cumuler » la fonction de prêtre et celle de médecin. Il souhaitait se consacrer exclusivement aux malades en fondant un établissement. L'évêque finit par lui donner son accord. Il parti de Geispitzen regretté par ses paroissiens mais « guidé par sa foi et sa volonté ».
CHÂTEAU À VENDRE
Le curé de Carspach lui apprit que le château de Sonnenberg était à vendre. Ce luxueux château au site heureux avait été édifié en 1818 par la baronne Philippine de Reinach-Hirtzbach. En 1894, J.B. Ellerbach, en fit un établissement hydrothérapique suivant la méthode Kneipp qui jouissait d'une grande réputation. L'abbé fit aussi les démarches pour l'obtention d'une station de chemin de fer sur la ligne Altkirch-Ferrette, pour la pose d'une conduite d'eau et d'une centrale électrique. Durant leur cure, les malades bénéficiaient d'un bureau de poste, d'un salon de coiffure, bazar, d'une salle de théâtre, bibliothèque, d'une chapelle ainsi que d'une imprimerie dont les bénéfices finançaient les cures pour les personnes sans ressources.
LA FIN DE L'INSTITUT
Lorsque la guerre éclata en 1914, l'institut Sonnenberg était en plein essor. Les curistes affluaient de partout. Le village fut évacué et le Sonnenberg dû fermer ses portes. L'abbé Ellerbach du « assister impuissant, à la destruction de l'ouvrage de sa vie ». Le Sonnenberg fut démoli de fond en comble le 13 avril 1915 sous le feu de l'artillerie. En 1918, l'abbé Ellerbach revint à Carspach après quatre années de souffrance. « Il accepta la fonction de curé et fit reconstruire son cher Sonnenberg, dans un style alsacien ». Gérard Rapp raconte comment, le 31 mars 1924, « Dieu rappela à lui ce bon et fidèle serviteur, qui avait su mettre au service de l'humanité souffrante sa profonde intelligence et son noble coeur, ses forces et son temps, tout son être et son génie. »
Un article également sur J.B. Ellerbach dans le n° 4 de la « Lettre de la Hochkirch », une publication de la Société d'Histoire qui vient de paraître.
L'institut Sonnenberg, où l'abbé Ellerbach guérissait par l'eau, est aujourd'hui une école privée.











