« Petits frères » ou les 400 coups de gamins de banlieue filmés par Doillon.
Cinéaste de l'enfance («L'amoureuse », « Le petit criminel », « Ponette»), Jacques Doillon quitte avec « Petits frères », son 21e film pour le grand écran, l'univers souvent bourgeois, policé et parisien qui est le sien d'ordinaire, pour croquer sur le vif une tranche de vie de petits banlieusards aux prises avec la galère. Comme il en a déjà fait la preuve à plusieurs reprises, le réalisateur de « La fille de quinze ans » n'a pas son pareil pour filmer les enfants, utilisant leurs talents naturels de comédiens et leur « volant » leurs propres mots et attitudes. Cette fois encore, dans sa quête de vérité, le cinéaste est bien servi puisqu'il a fait appel à de vrais tempéraments, Iliès, Mouss, Rachid, Nassim, des ados qui ont à peine passé l'âge de raison et qui jouent -ou rejouent- leur vie à l'écran, sans barrière, ni a priori. La frontière entre fiction et réalité est tellement fine que les comédiens donnent leurs propres prénoms aux « héros » qu'ils incarnent. L'action se passe entre le quartier de Belleville à Paris, et la cité des Courtillères, en Seine-Saint-Denis, juste de l'autre côté du périphérique. On suit Talia (Stéphanie Touly, 13 ans) qui se fait dérober sa chienne adorée, Kim, un pitbull chiot, par quatre ados délurés de la cité. Les gamins ont « taxé » l'animal comme ils « taxent » tout ce qui peut leur procurer un peu d'argent, améliorer leur quotidien, et surtout se faire admettre par les « grands », dont ils sont les petites mains, préposés à des tâches à la limite de la délinquance, mais « protégés » de la loi par leur jeunesse. Le vol de « Kim » est le moteur du drame. Désemparée mais combative (ce qui lui vaut aussitôt le surnom de « Tyson»), Talia met tout en oeuvre pour tenter de retrouver son chien. Cette quête permet à Doillon de brosser le portrait sans esthétisme de ses petits héros, en saisissant au vol des bribes de vie, leurs mots surtout, et, à travers eux, de restituer une tranche de banlieue aussi vraie que n'importe quel document de cinéma-vérité. Il évite également de tomber dans le piège d'un cinéma engagé manichéen. Sa réussite est de faire palper de façon très intimiste au spectateur la réalité tangible de la vie en banlieue et de donner un visage, un coeur et une chair à ses personnages...
« Petits frères»: Doillon cinéaste de l'enfance.











