Du jamais vu depuis 1989. Un millier de salariés ont débrayé hier à Sochaux pour protester contre le projet d'accord sur l'aménagement du travail. Le mouvement est reconduit.
CINQ CENT ONZE grévistes pour la tournée du matin et 559 pour celle de l'après-midi selon la direction. la CGT en annonce le double mais ne veut pas s'attarder sur les chiffres. Les dirigeants de l'organisation sont les premiers surpris par l'ampleur du mouvement. « Il y a encore quelques semaines, quand nous parlions des 35 heures dans les ateliers, les salariés haussaient les épaules et ne se sentaient pas concernés » explique Bruno Lemerle. Et hier, après un premier tour dans les ateliers les cégétistes ont été rejoints par des dizaines de salariés qui ont ensuite convergé vers la portière de Sochaux. Vers 11 h 30 pour la tournée du matin et vers 16 h 30 pour celle de l'après-midi. Sous une pluie battante, Loris Dall'o, numéro un de la CGT, explique les raisons pour lesquelles le syndicat rejette le projet d'accord. « Une réduction du temps de travail au rabais. Pas suffisamment d'embauches et flexibilité à outrance ». Il est interrompu par des cris. « Touche pas à mon samedi ». Le travail du samedi semble être l'argument qui touche le plus les manifestants. « C'est toute la vie sociale de la région qui est menacée. Celui qui travaillera le samedi ne pourra plus s'occuper d'un club de sport ou d'une association ».
« UN ACCORD ÉQUILIBRÉ »
La direction pour sa part se dit « un peu surprise » par ce mouvement. « L'accord proposé par la direction générale est un bon accord. C'est un accord équilibré qui maintient le niveau de rémunération et des mesures importantes pour l'emploi et le départ des personnes plus âgées » soutient Roger Garnier, directeur du CPS. « Ces deux derniers points sont positifs car ils nous permettent de sauvegarder la compétitivité du groupe en intégrant de la flexibilité en fonction de la charge de travail ». Concernant les départs à 55 ans, Roger Garnier précise que des négociations sont prévues avec le gouvernement.
« DISCOURS FACILES ET SIMPLISTES »
Le travail du samedi obligatoire ? Le directeur du CPS rappelle que l'aménagement du temps de travail sera discuté chaque année en fonction de l'activité. « A Sochaux, il n'y aura pas de travail obligatoire le samedi car le niveau de l'activité ne remontera pas à court terme ». Hier en fin de journée, la CFDT demandait que le délai de réflexion soit prolongé. « Aujourd'hui, il se confirme qu'une partie des salariés de Sochaux est dans l'inquiétude du lendemain. La direction par ses choix n'a pas permis une bonne information sur les modifications envisagées dans chaque site. Elle a aussi refusé le principe d'une consultation du personnel. Elle a ainsi laissé le champ libre aux discours faciles et simplistes de toutes parts. Les salariés doivent y voir clair. Il faut y consacrer du temps ». Le syndicat semble renvoyer dos à dos direction et la CGT. « Ces négociations sont difficiles parce que la direction a mis très rapidement des points de passage limitant l'effet de la réduction du temps de travail sur l'emploi. Ces négociations sont pénibles parce que certains acteurs ne le considèrent pas comme une voie pour défendre l'intérêt des salariés mais essentiellement comme une occasion de s'affirmer les seuls défenseurs de la situation d'aujourd'hui ». La CGT appelle à nouveau à un débrayage à 9 h 30 pour la tournée du matin et à 15 h pour celle de l'après-midi et espère un élargissement du mouvement. Comme en 1989.
Pendant la prise de parole de Loris Dall'o, numéro un de la CGT.
« Touche pas à mon samedi » scandent les manifestants. (Photos « LE PAYS » - P.L.)











