Une personne sur trois qui prend l'avion éprouve plus ou moins d'appréhension. La plupart des grandes compagnies aériennes organisent des stages à leur intention. Crossair prévoit quatre séminaires originaux en 1999.
BIEN QU'ELLES ont peur de l'avion, certaines personnes sont obligées de l'utiliser, souvent pour leurs déplacements professionnels. Si, pour un voyage à l'intérieur du continent, elles peuvent encore prendre le train, l'avion reste la seule solution pour effectuer des trajets intercontinentaux.
Ce phénomène touchant plus ou moins un tiers de leurs passagers, toutes les grandes compagnies s'y sont intéressées. Crossair a engagé une démarche originale, à plus d'un titre.
LA PEUR EST NORMALE
La compagnie basée à l'EuroAirport ne se contente pas d'une approche purement théorique. Elle s'est attaché le concours d'un thérapeute expérimenté. Ancien pilote militaire, aujourd'hui agé de 47 ans, Rolf Pessel anime des stages étalés sur un week-end et accordant une grande place à la pratique. Outre le fait que Crossair est la seule compagnie régionale à s'intéresser de la sorte au confort psychologique de ses passagers, elle est aussi la seule à faire bénéficier les stagiaires de ses simulateurs de vol. Les passagers peuvent ainsi s'asseoir à côté du pilote-formateur dans le cockpit d'un SAAB 2000, prendre le manche en main et exécuter un programme de vol spécialement adapté. Premier principe adopté par Rolf Pessel : la peur est normale. Il n'y a pas de honte d'avoir peur. Il reconnaît que lui-même, alors qu'il était pilote de Starfighter, a eu peur en volant dans des conditions extrêmes. Il a donc mis au point un concept qu'il a proposé à diverses compagnies. British Airways l'a refusé. Crossair l'a adopté. Le principe est d'essayer d'évacuer le côté négatif représenté par la peur et de faire positiver le passager, de créer une ambiance. Le séminaire intitulé « voler sans crainte » repose sur sept points. Il commence par une analyse de la peur de chacun : comment se manifeste-t-elle ? Que se passe-t-il dans la tête quand j'ai peur ? Cette recherche va loin, très loin même, jusqu'à la peur d'avoir peur ! La peur en avion varie en intensité. Elle est la plus forte au moment du décollage. Une bonne partie des gens qui n'ont pas peur en avion éprouvent cependant une certaine appréhension à ce moment. La peur varie aussi en fonction du type d'avion et de la compagnie aérienne utilisés.
RÉSULTATS ENCOURAGEANTS
L'analyse du comportement de chacun permet d'aboutir à une thérapie individuelle personnalisée. Evacuer la peur passe aussi par la lutte contre le stress, une sécurisation par la théorie des vols : l'avion n'est pas seul, il est pris dans un maillage radar, on sait toujours où il est... On sait aussi que tant qu'il est en mouvement, il n'y a pas de problème. La visite d'un avion, avec des explications, contribue à rassurer les passagers anxieux. Enfin, le vol avec un simulateur restitue toutes les sensations sonores et physiques, sans le moindre risque, et le formateur peut donner toutes les explications, notamment quant à l'origine des bruits les plus divers. Il peut même simuler des passages dans les zones de turbulences... La dernière étape est le baptême du feu avec les seuls stagiaires à bord d'un avion, un SAAB 340 de 33 places. Les premiers résultats obtenus par ce système depuis l'année dernière sont des plus encourageants, à tel point que ce ne sont pas moins de quatre stages ou séminaires qui sont prévus en 1999, dont un en langue française. Coût d'un week-end, simulateur et vol compris : 880 francs, suisses bien entendu. C'est peut-être un peu cher. Mais le plaisir de voler sans crainte vaut bien un petit sacrifice...
La partie la plus spectaculaire : le passage en simulateur, en siège droit, c'est-à-dire à la place du copilote.
(Photo « L'ALSACE » - J.-M. Sch.)











