Dix mois, dont cinq ferme, pour un abribus détruit. Un an, dont quatre mois ferme, pour un incendie de voiture. La justice a autant sanctionné les faits que le contexte de violences urbaines à Strasbourg.
Incendie de voitures. Jets de pierres et de canettes de bière sur un fourgon de police. Rébellion contre des policiers. Destruction d'un Abribus. Insultes, menaces de mort contre des policiers et résistance à la force publique. La première audience de la nouvelle année du tribunal correctionnel de Strasbourg, hier, a été une longue liste de toutes les formes de débordements et de délinquance, constatées au cours du pont allant du 31 décembre au dimanche de l'Epiphanie. A Strasbourg comme à Schweighouse-sur-Moder ou à Haguenau.
SÉVÉRITÉ
Au total, six affaires mettant en cause sept prévenus. Détenus depuis leur interpellation, tous étaient cités en comparution immédiate, c'est à dire avec le droit de demander un renvoi de leur affaire à une date ultérieure pour pouvoir préparer leur défense. De fait, dans quatre dossiers sur six, les prévenus ont choisi le renvoi se souvenant peut-être des jugements rendus un an plus tôt dans des circonstances similaires. En particulier à l'encontre d'une jeune apprentie vendeuse en pâtisserie, au casier judiciaire vierge, condamnée à huit mois de prison ferme pour un incendie de voiture. Le substitut du procureur Pierre Wagner, hier, en requérant contre un prévenu sans passé judiciaire, a confirmé : « C'est sévère pour une première condamnation. Mais cela s'inscrit dans un contexte de violences urbaines.» Un argument qui reviendra tout au long de l'audience, au moment de réclamer des peines.
RENVOIS
Premier à solliciter le renvoi de son affaire, un jeune homme de Haguenau, accusé par trois policiers d'avoir fait partie d'une groupe qui jetait des pierres et des bouteilles de bière sur un fourgon. Agé de 20 ans, déjà condamné à trois reprises pour violences, il nie les faits et souhaite faire entendre un témoin. Son dossier est renvoyé à l'audience du 29 janvier prochain, avec maintien en détention en attendant cette date. Le deuxième à souhaiter être jugé plus tard est un peintre en bâtiment de 22 ans, interpellé à Strasbourg lors du seul incident véritablement sérieux entre les forces et des habitants du Neuhof le 1er Janvier vers 1 h du matin. Face à l'hostilité de quelques dizaines de personnes, deux escadrons de gendarmes mobiles avaient dû intervenir et faire usage de grenades lacrymogènes. C'est dans ce contexte que le jeune peintre, présentant une alcoolémie de 1,29 gramme, s'était attaqué à une voiture de police et à ses occupants qu'il avait copieusement injuriés. Déjà sous le coup d'une condamnation avec sursis prononcée en 1996, il attendra en détention l'audience du 29 janvier prochain.
INSULTES
Troisième à solliciter un délai, un jeune homme de 20 ans, interpellé tôt dans l'après-midi du 31 décembre à Strasbourg pour détention de 4 grammes de haschisch. Se rebellant, il avait rameuté quelques dizaines de jeunes gens. La patrouille n'avait pu que prendre la fuite, non sans qu'un policier ait reçu un coup de pied. Lui est maintenu en prison jusqu'au 29 janvier. Enfin, au Neuhof samedi 2 janvier, deux jeunes gens circulant sans ceinture de sécurité s'en prennent aux policiers en les insultant, en brandissant un gourdin et en faisant usage d'une bombe lacrymogène. Tous deux seront jugés le 5 février et restent en prison jusqu'à cette date. Restaient les trois prévenus ayant accepté d'être jugés sur le champ. Inconnus jusque-là de la justice, ils espéraient vraisemblablement que leur premier accroc ne leur coûterait qu'une peine avec sursis.
LE KIT DU PARFAIT INCENDIAIRE
Les deux premiers, Michael Corbeau, 21 ans, de Schiltigheim, et son copain Franck Loeffler, 18 ans, de Schweighouse-sur-Moder, ont été surpris dans cette dernière localité à 3 h du matin à proximité d'une camionnette qui venait de prendre feu. Dans la voiture de Michaël, les gendarmes ont découvert le kit du parfait incendiaire : le jerrican ayant servi à acheter du carburant, l'entonnoir utilisé pour remplir des canettes de bière et cinq bouteilles incendiaires prêtes à l'usage. Des débris de bouteilles semblables ont été trouvés dans deux autres voitures, brûlées dans la même commune. S'ils reconnaissent avoir acheté de l'essence, avoir confectionné des bouteilles incendiaires, les deux prévenus tentent de rejeter sur un certain Bruno, un parfait inconnu, la responsabilité des faits. « Pourquoi incendier des voitures ? » demande le président Jean-Luc Jacob.« J'sais pas. Comme ça. Les poubelles brûlaient déjà », avance Franck Loeffler. Alors que le procureur réclame dix mois de prison dont la moitié avec sursis et que la défense, pour des délinquants primaires, plaide le sursis, le tribunal - « pour mettre fin à un trouble exceptionnel et persistant » - les condamne à un an de prison dont quatre mois ferme.
COUP DE TÊTE
Fin de week-end agité pour Grégory Munier, 19 ans. Samedi après 22 h, se promenant avec sa petite amie et un copain, il ramasse des galets pour les lancer contre un Abribus. « J'ai essayé comme ca. Mais la première fois la vitre n'a pas brisé.» Il avait 0,69 gramme d'alcool dans le sang et s'est excité quand la police municipale et rurale l'a interpellé. L'un des gardes champêtres a pris un coup de tête en plein visage. « C'était n'importe quoi. Je regrette...», déclare Grégory. Pour ces faits qualifiés par le président de « particulièrement graves », Grégory écope de dix mois de prison dont cinq ferme, alors que le procureur n'en avait réclamé que six dont trois ferme.











