La présidence allemande entend régler les dossiers financiers de l'Union, mettre l'emploi et l'écologie au premier plan, relancer diplomatie et défense. Beaucoup pour six mois.
Dans le contexte de la révolution monétaire européenne, l'Allemagne a pris la présidence tournante de l'UE pour un semestre dominé par des problèmes d'argent. Le chancelier Gerhard Schröder souhaite, en effet, parvenir à un accord sur l'épineux Agenda 2000 d'ici au sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement, prévu les 24 et 25 mars à Bruxelles. L'Agenda 2000 doit définir le financement de l'Union européenne dans les années 2000 à 2006 et réformer les fonds structurels, dont les aides régionales, ainsi que le financement de la politique agricole commune. Les discussions seront peut-être plus épineuses sous présidence allemande, car le chancelier social-démocrate a pris un ton plus net que son prédécesseur chrétien-démocrate Helmut Kohl pour enfoncer le clou d'une même revendication : l'Allemagne entend contribuer moins au budget de l'UE ou avoir plus d'argent en retour. Comme Margaret Thatcher l'avait autrefois obtenu pour le Royaume Uni... une concession que l'Allemand dit précisément ne plus considérer comme un tabou.
CHÈQUES ET ÉMOI
« Nous ne pouvons ni ne voulons résoudre les problèmes de l'Europe avec le carnet de chèques allemand », a lancé Gerhard Schröder devant le Bundestag, le 10 décembre dernier. Ce genre de proclamations met en émoi beaucoup de partenaires habitués à voir l'Allemagne bailler l'essentiel des fonds européens (plus de 60 % du total en 1997), à commencer par les pays largement bénéficiaires des aides communautaires, comme le Portugal, la Grèce, l'Espagne et l'Irlande ; mais la France aussi est sur ses gardes, qui refuse un co-financement national de la politique agricole commune. Le chancelier et ses ministres sont appelés à faire preuve de diplomatie pour ne pas alimenter le fiel de ceux qui insinuent déjà que la « république de Berlin » poursuivra des objectifs plus nationaux qu'européens. Même des amis politiques sont sceptiques. Pour Klaus Hänsch, ancien président du Parlement européen mais aussi tête de liste du SPD de Schröder aux élections européennes du 13 juin prochain, « il est impossible de lancer des réformes tout en obtenant une réduction de la contribution allemande et en respectant le calendrier». Quand à l'opposition allemande, elle a pris acte des déclarations fracassantes du chancelier - « trop grossier et sans nuances » selon un ministre bavarois - pour mieux l'attendre au tournant. Les journaux de la mouvance chrétienne-démocrate ont déjà fixé à dix milliards de DM l'allègement minimum de la contribution allemande à l'UE pour que Schröder ne perde pas la face. La CDU-CSU estime, en outre, que les sociaux-démocrates, en plaidant pour un « pacte européen pour l'emploi », favorisent de nouvelles dépenses tout en discourant sur une contribution allégée.
LOURD CATALOGUE
Mais Gerhard Schröder veut être l'homme de toutes les ambitions. Non content de vouloir résoudre dans les onze prochaines semaines les lourds problèmes financiers, puis de mettre sur pied d'ici au 30 juin une stratégie européenne de l'emploi, il entend prendre aussi une série d'initiatives politiques : mettre l'environnement au centre des préoccupations des Quinze ; relancer le dialogue avec la Russie, le Proche-Orient et l'Afrique ; nommer un(e) responsable communautaire pour la politique de sécurité et de défense. Par contre, l'élargissement de l'Union inspire au chancelier une prudence qui tranche avec la détermination de Kohl. Refusant tout échéancier, il a seulement estimé que 1999 (donc aussi la présidence suivante, assurée par la Finlande) devait permettre « d'engager des négociations » avec des pays candidats. Ce flou n'est pas du goût du président autrichien Thomas Klestil qui a exprimé, hier, sa déception et sa crainte que les pays d'Europe centrale et orientale ne reçoivent pas de la part des Quinze les signaux positifs qu'ils espèrent. Avec un catalogue d'intentions si dense qu'il paraît irréaliste à beaucoup de gouvernants et d'observateurs, la présidence allemande sera aussi bien inspirée de ne pas donner au niveau européen le spectacle de querelles idéologiques qui semble latent au sein de la coalition rouge-verte.











