Les onze pays de l'UE qui adoptent d'emblée l'euro ne forment-ils qu'une « étendue de terre où ne croissent que certaines plantes sauvages » ? Il faudrait le croire puisque c'est la définition que donne le dictionnaire Robert du mot "lande" que certains souhaitent accoler à l'euro pour remplacer « l'euroland». En effet, cette dernière expression, lancée par des banques d'affaires américaines et la plus fréquemment utilisée jusqu'ici, peut être considérée comme une atteinte anglo-saxonne à l'identité française. Faut-il désormais parler d'Eurolande - au féminin - comme on dit Irlande et Hollande ? Ce mot a, par exemple, la préférence d'Hélène Florent, chargée de la veille néologique chez Larousse, qui se dit cependant « perplexe». Les académiciens Félicien Marceau et Jean Dutourd s'opposent à « euroland » et voient un moindre mal dans sa francisation avec le « e » final. En fait, c'est le mot même qu'il faudrait sans doute bannir, nanti ou non de son « e». Le linguiste Alain Rey, responsable du Dictionnaire étymologique de la langue française, estime ainsi que « sans e, ce n'est pas absurde, mais c'est un anglicisme ou un germanisme». Quant à son emploi avec un « e », « c'est doublement absurde », a-t-il déclaré hier sur France Inter, d'abord parce qu'on devrait dire « lande euro », mais surtout parce que le mot français lande « a divergé depuis très longtemps de son équivalent anglais ou allemand » pour prendre un tout autre sens.











