L'euro s'est d'emblée posé en concurrent du dollar, en s'appréciant de plus d'un cent, au point de susciter les premières rumeurs d'intervention de la Banque centrale européenne et une réaction des autorités américaines. A Tokyo, l'euro a atteint un pic à 1,1882 dollar, puis est tombé à 1,1796 à la mi-journée, avant de remonter en fin de journée à 1,1810 dollar à Londres. Jeudi, au moment de la fixation irrévocable des taux à Bruxelles entre les onze monnaies européennes de la zone et l'euro, l'écu - auquel l'euro a succédé - était calculé à 1,16675 dollar. Selon des rumeurs, qui ont démarré à Tokyo avant de se répandre comme une traînée de poudre dans les salles de marché, la Banque centrale européenne serait intervenue pour freiner l'ascension trop rapide de la monnaie unique. Manfred Körber, porte-parole de la BCE, et le gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet ont refusé de commenter ces rumeurs. Le second a assuré qu'il n'y avait pas de lutte entre l'euro et le dollar. Outre-Atlantique, où la naissance de l'euro suscite un grand intérêt après des années de scepticisme, la réaction ne s'est pas faite attendre. Le secrétaire-adjoint américain au Trésor, Lawrence Summers a souligné que la parité euro-dollar n'était pas un instrument de politique commerciale entre les deux continents. Selon lui, la BCE comme les Etats-Unis ont « toujours convenu qu'aucune région ne pouvait sous-évaluer sa devise pour améliorer sa prospérité». « Je ne vois pas de raisons pour lesquelles l'euro représenterait une menace » pour le dollar « aussi longtemps que les données fondamentales de l'économie restent solides », a ajouté M. Summers. Le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, s'est dit « moins soucieux (qu'auparavant) de la parité dollar-euro », puisque le commerce de la zone euro sera moins sensible au dollar. Il est, en effet, moins ouvert que ne l'était celui de chacun des pays qui la composent, a-t-il indiqué. Le commerce extérieur de la France se fait à près de 90 % avec les partenaires de la zone euro. Le patron de Renault, Louis Schweitzer, s'est montré plus soucieux du taux de change, estimant que la parité équilibrée du franc vis-à-vis du dollar serait de 6 francs, soit un euro à 1,09 dollar. Pour le chancelier allemand Gerhard Schröder, toutes les chances sont réunies pour faire de l'euro une « monnaie stable » à condition de pratiquer une « politique monétaire raisonnable».











