L'avènement de la monnaie unique européenne a provoqué l'euphorie sur les places boursières. Les investisseurs reviennent aussi parce que la croissance est moins ralentie qu'ils ne le craignaient.
LES MARCHÉS financiers européens ont salué dans l'euphorie l'arrivée de l'euro, hier, en s'offrant des hausses boursières spectaculaires dépassant parfois les 6%, dans des marchés d'actions beaucoup plus actifs que ne l'avaient anticipé les opérateurs.
L'absence de problèmes techniques lors de la conversion à l'euro et la force de la monnaie européenne face au dollar dès les premiers échanges sur les marchés des changes ont fait s'évanouir les derniers doutes vis-à-vis de l'euro, ont estimé les opérateurs. En fin d'après-midi, sur le marché des changes européen, l'euro s'échangeait à plus de 1,18 dollar. Il était en repli par rapport à son cours de clôture à Tokyo à 1,1882 dollar mais en hausse de près de deux cents par rapport à son niveau de 1,1667 dollar estimé jeudi, lorsque la Commission européenne a annoncé les taux irrévocables de conversion des monnaies de la zone euro vers la monnaie unique européenne.
RÉÉQUILIBRAGE
Et, déjà, le président de la Commission, Jacques Santer, estimait que ce mouvement confirme qu'il y aura « un rééquilibrage des relations monétaires internationales » en faveur de l'euro. Le Premier ministre japonais, Keizo Obuchi, a d'ailleurs constaté, d'une humeur mitigée, que le yen était réduit à jouer le troisième rôle, derrière les monnaies des Etats-Unis et de l'Union européenne. « Actuellement, nous pouvons à peine dire que nous nous trouvons dans un système triangulaire » formé par le dollar, l'euro et le yen, a-t-il déclaré, hier, à Tokyo. L'indice EuroStoxx, qui prend en compte une sélection des titres des onze pays de la zone euro, a affiché en fin de journée un gain de 6%. En revanche, la bourse de Londres, qui n'a pas adopté la monnaie unique, a été boudée avec une très légère baisse de 0,05%. A Francfort, l'indice X-DAX a terminé en hausse sensible de 5,67%. Le coup d'envoi de l'euro a aussi coïncidé avec un autre événement majeur pour les marché européens : le démarrage de la future bourse pan-européenne, autour de l'alliance entre Francfort et Londres, première place européenne même si elle n'a pas encore adopté l'euro. L'alliance, annoncée en juillet dernier et dont la première étape a démarré lundi, vise à créer un marché unique pour les principales valeurs européennes, englobant à terme six autres bourses, dont Paris, Milan et Madrid.
BOND DES BOURSES
A Paris, l'indice CAC 40 a bondi de 5,20%, propulsé notamment par le secteur financier (Paribas + 11%, Société Générale + 8,69%, BNP + 6,91%) et les hautes technologies. A Milan, l'indice MIB30 a grimpé de 6,39 % et à Madrid, l'indice Ibex-35 a gagné 6,21%, sa plus forte hausse depuis janvier 1991. L'indice portugais BVL30 a monté de 3,9%. L'indice AEX d'Amsterdam a gagné 3,82%. A Bruxelles, le BEL 20 a grimpé de 3,74%. Helsinki a terminé en hausse de 4,86%, soutenu par une très forte hausse de Nokia (+6,9%). L'indice autrichien ATX a gagné 0,9%. Seul marché de la zone euro en baisse, le Luxembourg, où l'indice des dix valeurs vedettes, le Lux X, a cédé 1,6%. Cette « envolée des marchés boursiers européen est assez suprenante », a estimé Mary Owens Thomsen, économiste chez Merrill Lynch. Ce mouvement « montre tout simplement le retour des investisseurs, notamment étrangers, qui avaient quitté les marchés européens depuis la crise boursière d'août-septembre », a-t-elle jugé. Les gestionnaires de fonds ont, à l'heure actuelle, en portefeuille beaucoup de liquidités à placer, a-t-elle expliqué, ajoutant que le ralentissement de la croissance tant redouté a été surestimé (1) : « Les données statistiques publiées en décembre ont plutôt montré que ça allait mieux qu'on ne le craignait ».
CONSOMMATEURS PRUDENTS
Contrastant avec les débuts en fanfare de la monnaie unique sur les marchés financiers, les consommateurs ne se précipitent pas encore pour payer en euros en France. Au grand magasin parisien Le Printemps, samedi et lundi, une dizaine de règlements en monnaie européenne seulement ont été enregistrés. L'euro a connu un démarrage plus prometteur aux Galeries Lafayette, où 47 chèques dans cette monnaie ont été reçus samedi et lundi. Chez Leclerc 128 clients ont déjà payé en euros par carte dans 40 hypermarchés tests. Parmi ces intrépides figuraient un Suisse et un Japonais « qui ont tenu à bien préciser leur nationalité », a indiqué le patron de la chaîne, Michel-Edouard Leclerc.
(1) En France, la Caisse des Dépôts et Consignations estime que la croissance a atteint 3 % l'an dernier. Elle relève toutefois que les perspectives générales de l'industrie, hors agroalimentaire (IAA), ont été négatives en novembre et décembre. La production industrielle a continué de ralentir en octobre (+1,9 % en glissement annuel contre + 3 % en septembre pour l'ensemble hors énergie et IAA).
Comme ici à Bruxelles, les professionnels du secteur financier ont beaucoup travaillé durant tout le week-end écoulé pour réussir le basculement vers l'euro. Leurs efforts ont été récompensés.
(Photo AFP)











