Après l'accident d'anesthésie qui l'a écarté des affaires pendant quatre mois, le ministre de l'Intérieur a repris ses fonctions aujourd'hui. Les dossiers ne manquent pas...
L'UN des premiers événements politiques de l'année 1999 en France est indéniablement constitué par le retour, ce matin place Beauvau à Paris, de Jean-Pierre Chevènement, après quatre mois d'absence pour raisons de santé.
Ministre-clef du gouvernement Jospin, pivot de la gauche plurielle et véritable « soldat » de la République, Jean-Pierre Chevènement a été heureusement sauvé après un grave accident d'anesthésie survenu le 2 septembre dernier au Val-de-Grâce, et suivi d'un coma. Si bien qu'il s'estime être un « miraculé de la République». Pendant sa convalescence, entre Belle-Île, Belfort, l'Egypte et Paris, le ministre a réussi à « se refaire du bifsteck » -selon sa propre expression- et a repris progressivement ses activités, si bien que dans son entourage, l'on affirme que « depuis la mi-décembre, il tourne à plein régime». M. Chevènement va retrouver son bureau du ministère -celui de Cambacérès- que son remplaçant Jean-Jack Queyranne, par délicatesse, n'a jamais occupé pendant ses quatre mois d'intérim. Le secrétaire d'Etat à l'outre-mer assuré, à temps plein et pendant quatre mois, les fonctions de ministre de l'Intérieur. Il va d'ailleurs continuer à seconder M. Chevènement, selon un décret paru au journal officiel, stipulant qu'il suivra « les affaires que le ministre de l'Intérieur lui confie». Mais plusieurs dossiers extrèmement sensibles - sans-papiers, banlieues, Corse - attendent Jean-Pierre Chevènement à son retour, sans parler des futures élections européennes où le président-fondateur du Mouvement des citoyens (MDC), parti qui se veut « l'esprit de la République et le ciment qui unit la majorité », aura son mot à dire.
LE GRAND PROBLÈME DES BANLIEUES
Concernant les sans-papiers, le père de la circulaire de juin 1997, enjoignant aux immigrés clandestins de se faire connaître dans les préfectures aux fins de régularisation, a toujours l'enfant sur les bras. C'est la principale pomme de discorde au sein de la gauche plurielle, les Verts, le PC et moultes associations réclamant avec constance la régularisation de l'ensemble des quelque 140.000 sans-papiers qui se sont fait connaître dans les délais fixés par le gouvernement. Les banlieues figurent aussi en tête des préoccupations de Jean-Pierre Chevènement, notamment après les vagues de vandalisme de la Saint-Sylvestre et les graves incidents de fin d'année dans la banlieue de Toulouse. Pour le ministre de l'Intérieur, fidèle à sa ligne républicaine, c'est la notion de citoyenneté, avec ses droits et ses devoirs qu'il faut inculquer ou réinculquer aux jeunes des quartiers difficiles.
LA CORSE
Vient en outre l'épineuse affaire corse et l'enquête sur l'assassinat du préfet Claude Erignac, le 6 février dernier à Ajaccio, alors que la tension monte chez les enquêteurs et magistrats en charge du dossier, à l'approche du premier anniversaire du meurtre. En l'absence de Jean-Pierre Chevènement, les investigations ont suivi leur cours tumultueux, avec, ici et là, quelques violations notables du secret de l'instruction. Reste que l'enquête criminelle n'est pas une science exacte et que l'obligation de résultat à une date donnée (le 6 février 1999) semble peu probable. En revanche, il est notoire, tant à Paris qu'en Corse, que les relations entre les différents services de police ou de gendarmerie, chargés à des degrés divers des investigations sur ou autour de l'assassinat du préfet, « ne sont pas au beau fixe », selon des sources dignes de foi. Le retour du « Che » - comme l'ont baptisé certains de ses collaborateurs place Beauvau - est également attendu par de nombreux acteurs de la lutte anti-terroriste, tant magistrats que policiers, qui ne cachent guère qu'ils comptent sur lui pour « resserrer les boulons». Un dossier particulièrement important est celui du plan de transfert de compétences territoriales entre la police et la gendarmerie. Un nouveau rapport sur cette question épineuse devrait être remis le 14 janvier, par le conseiller d'Etat Guy Fougier.
LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES
Enfin, reste l'Europe, thème majeur de divergences entre M. Chevènement et les socialistes. Le ministre de l'Intérieur, d'une fidélité sans faille à Lionel Jospin et sans renier ses convictions anti-Maastricht, a depuis plusieurs mois, mis un terme à ses imprécations et se dit désormais « euroréaliste». A l'approche des élections européennes, la ligne que défendra le MDC et son président sera d'autant plus d'importante pour la gauche plurielle que Charles Pasqua ne cache pas qu'il veut, avec sa liste de défense de la souveraineté nationale, « râtisser large », tant à droite qu'à gauche, et notamment en direction des amis de Chevènement...
La République toujours à l'esprit.
(Photo AFP)











