Tout au bout du boulevard, dans la dernière tour des Résidences, le petit F3 de René Digney est un véritable musée. Têtes d'animaux, masques d'ébène, tableaux... Chaque objet a son histoire.
POUR ARRIVER chez René Digney il faut suivre le boulevard jusqu'à la dernière tour. Laquelle, malgré d'importants travaux de rénovation, n'est pas vraiment accueillante. Passé le hall, l'ascenseur n'est pas plus réjouissant. Mais à partir du moment où l'on pénètre dans l'appartement, le monde bétonné des Résidences s'évanouit. Vingt-trois ans d'Afrique noire s'étalent sur les murs et couvrent les étagères. « Après la guerre, je travaillais à l'Alsthom et j'avais horreur de ça », explique René Digney. « Quand je me suis mariée, une amie de ma femme est partie voir son frère en Afrique et nous a dit qu'il y avait là-bas une place de pâtissier.» Fils d'un pâtissier de Giromagny, lui-même formé à ce beau métier, René Digney a donc fait sa valise pour Bamako, dans l'ancien Soudan français, devenu depuis le Mali. « J'ai d'abord travaillé chez un Grec de 50 à 54. Ensuite, je me suis mis à mon compte.» En 61, la décolonisation arrivant, le pays n'est plus très sûr, et René Digney doit partir. « Je suis allée en Côte d'Ivoire où je suis resté jusqu'en 73. J'avais deux pâtisseries.»
PIQUER AU FORMOL
Mais c'est pendant son temps libre que le peintre commence à accumuler les trophées et les souvenirs. « J'allais beaucoup à la chasse. Je dois avoir 60 à 70 sortes d'animaux différents », explique-t-il. Effectivement, partout où se porte le regard, apparaissent des cornes, des dents, des têtes naturalisées ou des crânes impressionnants. Il y a une tête de lycaon, une autre de singe, des antilopes de toutes sortes, une hyènes, une tête de lion aussi grosse que celle d'un ours, un phacochère, un addax, un oryx, un buffle rouge... Dans une autre pièce, la peau d'une panthère est accrochée au mur. « Je l'ai tué le jour de la naissance de ma fille », précise René Digney avant de s'approcher d'un caïman superbement conservé. « Je ne l'ai pas ouvert. Pour le naturaliser, il a fallu piquer chaque centimètre de formol pendant que l'animal était encore vivant. Je ne le ferais plus. Surtout que le formol est dangereux. A la fin, j'avais les mains noires comme du charbon.» Et toutes ces bêtes africaines, le peintre est parti les chasser pratiquement toujours seul, avec un unique guide. « Une fois, j'ai emmené un copain. Mais il n'a pas réagit assez vite et ça a failli mal finir. On était dans une simple 2 CV sans toit. Il ne fallait pas rater l'animal si on ne voulait pas qu'il nous saute dessus.»
MILLIERS DE TABLEAUX
A côté d'une tête de lionne, un pied d'éléphant fait aussi son effet. « Mais ce n'est pas moi qui l'ai tué. Je n'ai jamais chassé d'éléphant. Mais je ne le regrette pas », poursuit René Digney. Peintre des rues bien connu des Belfortains, l'ancien pâtissier a pourtant un regret de son époque africaine. « J'ai à peine commencé à peindre lorsque j'étais là-bas. Mes seuls tableaux représentant l'Afrique, je les ai peints à partir de photos.» Evidemment, depuis, René Digney s'est rattrapé dans la région puisqu'il a entre 1500 et 1800 tableaux représeantant les paysages du Territoire de Belfort ou des autres départements dans un style figuratif très personnel. Et bien sûr, bon nombre de ses oeuvres trônent dans son appartement. « Je suis très conservateur », avoue-t-il en souriant. Effectivement, outre les superbes accessoires de pâtisserie de son père, René Digney a même soigneusement rangé un véritable trésor dans une armoire. « C'est mes soldats de plomb de quand j'étais gosse. Il y a Napoléon, Jeanne d'Arc... J'avais une dizaine d'années quand je les ai peints.» Lorsque l'on sait que René Digney a maintenant 76 ans, on comprend mieux que son appartement ressemble tant à un musée.
René Digney, peintre des rues bien connu des Belfortains, a passé 23 ans en Afrique noire et en a ramené de très nombreux souvenirs.
(Photos « LE PAYS » -I.L.M.)
En été, l'ancien pâtissier s'installe avec son chevalet dans les rues de la cité du Lion.
En plus du gibier habituel et notamment de nombreuses antilopes, René Digney a également des caïmans dans sa collection.











