Il leur reste quelques mois, quelques années à purger, certains ne retrouveront jamais la liberté. Derrière les barreaux d'une prison existe une vie que l'association socioculturelle de la maison d'arrêt de Lure essaie de rendre la moins triste possible.
« IL FAUT montrer au public, lecteur des faits divers, qu'en détention il existe un lien social». assène en préambule Isabelle Garnier, conseiller d'insertion et de probation chargé du suivi des détenus et de la préparation aux sorties. Depuis 1987, l'association socioculturelle de la maison d'arrêt luronne s'emploie à venir en aide, à sa manière, aux détenus. Pour l'année 1998, l'association s'est encore une fois beaucoup investie autour de la bibliothèque. Forte de ses 1700 ouvrages acquis, cette dernière recueille, contrairement à certaines idées reçues, de nombreux suffrages. S'il reste encore beaucoup de choses à faire pour amener la population pénale vers des champs de connaissances et de savoir encore inexplorés, l'association sait qu'elle est sur le bon chemin, celui qui mène vers une réduction de la fracture sociale, de la fracture humaine en général. Isabelle Garnier explique : « Le partenariat culturel a posé ses jalons durant l'année 1998 avec le soutien du centre culturel de Lure et les premières subventions institutionnelles (Drac, préfecture, mairie de Lure). L'association a enfin réussi à sortir du "no man's land" culturel la population détenue par des choix certes ambitieux, mais finalement judicieux. La qualité des intervenants était notre critère de sélection.»
RECUEIL DE TALENTS
Yves Couturier, en venant présenter son ouvrage, s'est tout de suite senti concerné par les motivations de ce public inhabituel. Sous l'impulsion notamment de Claudine Lécuyer, naissait alors un atelier d'écriture. Par groupe de quatre, l'écrivain a dévoilé son savoir, réussissant à fidéliser un auditoire de plus en plus attentif, de plus en plus actif. Pour preuve, sous les plumes se sont couchés des poèmes, oeuvres littéraires pleines de sensibilité. Signés Roger, Philippe, Sergio, Michel, ces poèmes forment désormais un recueil. Reste encore quelques illustrations à apposer avant que « Merci d'être là », « Paradis interdits », « Mon ange », « Ma liberté retrouvée » et « Bientôt Noël » n'apparaissent des rayons des libraires. Des arts plastiques, sous forme de création d'affiches, ont également été proposés par le sculpteur-plasticien Françoise Faure-Couty.
L'AUTRE EXISTE
Ces affiches devaient servir à faire passer un message sans beaucoup de mots, mais avec des couleurs. « Au départ, ils étaient perturbés par cette feuille blanche, sans inspiration. En fait, cette activité cassait l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes. Il fallait donc qu'ils se remettent en cause, qu'ils mettent leurs complexes de côté pour arriver à se persuader qu'ils y arriveraient. Si l'on est moins dévalorisé tout simplement parce que l'on est mieux instruit, un peu plus lecteur ou se découvrant des talents sportifs, culturels, intégrant même malgré soi des règles de conduite pour mener à son terme une activité pour laquelle on s'est engagé, alors l'autre, celui d'en face, a forcément un peu plus de prix, lui aussi». affirment, presque en choeur, Mmes Garnier et Lécuyer. Le résultat est pour le moins probant, les allusions plus ou moins cachées. A l'occasion des fêtes de Noël, une initiation à l'aquarelle avec Yolande Schneider était au programme. Cette initiative a abouti à la création de cartes de Noël, que les détenus ont pu envoyer à leurs enfants. Ils seront une cinquantaine à passer les fêtes de fin d'année derrière les barreaux de la prison de Lure. Pour certains l'évasion passera par une activité culturelle ; non, les détenus ne seront pas toujours les exclus des exclus !
Yolande Schneider, aquarelliste au grand coeur.
Isabelle Garnier et Claudine Lécuyer, deux volontés au service des détenus.
(Photos « LE PAYS« -S.M.)
« La vie est belle », titre d'un tableau rempli d'espoir !











