Il y aura 50 ans, ce 10 décembre, l'ONU animée de grands principes adoptait une Déclaration universelle des droits de l'homme. Et il y aura 9 ans le mois prochain, la Ludovicienne Dany Lauton, habitée des grands sentiments fondait l'association « Solidarité Femmes Soutien femmes battues ». Au 1 bis, de la rue de Vieux-Brisach, trois salariés (*) et une dizaine de bénévoles accueillent, écoutent, conseillent et accompagnent les victimes de ceux qui s'imaginent que battre sa femme figure parmi les droits de l'homme. Dany Lauton : « Dans le milieu immigré, c'est vrai, il y a souvent ce sentiment de propriété. L'homme se sent le plus fort. Il est le chef. Pour d'autres milieux l'alcool ou le manque d'argent (qui crée des tensions dans le ménage) seront à l'origine de ces violences conjugales. Et puis il y a tous les dérangés ». Car au seuil de ce troisième millénaire, la région frontalière cache elle aussi, hélas, bien des cas de brutalité et de contraintes. Chaque année l'association ludovicienne la seule dans le département accueille près de 400 premiers cas, assure entre 1500 et 2000 entretiens. Dany Lauton : « Nous pouvons offrir 19 places d'hébergement dans les 3 appartements que nous louons en ville. Actuellement nous hébergeons 3 mères et 11 enfants. Cette année nous aurons accueilli par roulement 18 femmes et 35 enfants. Et il y a malheureusement une liste d'attente. Ainsi cette année nous avons dû refuser 71 femmes ». Des refus, des attentes qui peuvent se terminer dramatiquement. Dany Lauton : « Une femme n'a pas tenu le coup et s'est suicidée. Cela a été très difficile à vivre pour toute l'équipe. Mais il faut savoir que, quand il n'y a pas de place chez nous, il n'y en a nulle part. Nous faisons partie d'une fédération qui compte 50 associations en France. Et il m'arrive de placer des femmes à Périgueux ou à Toulouse ». Des cas tragiques Dany Lauton en connaît. Il y a cette femme de 65 ans qui se fait battre par son mari et son fils. Cette jeune femme de 25 ans, avec un bébé de 9 mois embarquée de force sur son trajet et violée toute la nuit avant de finir à l'hôpital. Alors comment fait-on pour tenir le coup ? Dany Lauton : « Nous avons des séances de supervision où régulièrement en équipe et en présence d'un psy, nous parlons de ce que nous ressentons face à ces situations. Des séances indispensables pour évacuer. Et j'ai mon mari, Alain, qui est un roc et qui participe. Il faut qu'il soit réellement à mes côtés pour accepter comme il le fait la présence chez nous d'un répondeur 24 h sur 24 ». Selon Dany Lauton cette violence conjugale concernerait 6 femmes sur 10 (contre 1 % des hommes). Alors, à cette Déclaration des droits de l'homme que l'on fête cette semaine faudrait-il ajouter un 31e article spécifique pour les droits de la femme ? Dany Lauton : « Ce qui est grave c'est que cette violence devienne quelque chose de banalisée. Mais je ne suis pas une féministe. L'important est que l'on reconnaisse la spécificité de l'homme et de la femme. Leur complémentarité. Savoir que l'homme a besoin de la femme et l'inverse ».
Entre 1500 et 2000 entretiens par an.











