Journaliste, rédacteur en chef de la revue Lire, Pierre Assouline a signé plusieurs grandes biographies : Marcel Dassault, Gaston Gallimard, Albert Londres et Georges Simenon. C'est certainement ce dernier qui l'inspire dans son premier roman, « La cliente », paru chez Gallimard. Assouline choisit de faire de son personnage central un biographe à la recherche d'information sur un écrivain durant l'Occupation. Son corpus : les lettres de dénonciation enterrées dans les archives. Comme le commissaire Maigret, le narrateur mène son enquête, mais le ressort de l'intrigue surgit soudain, tel un diable sorti de sa boîte. Dans la masse des lettres de dénonciation, l'enquêteur-biographe tombe sur une missive dénonçant des artisans-fourreurs juifs parisiens, les Fechner, des parents de sa femme. Ce qui n'était alors qu'un flot malsain de délation, devient soudain une histoire privée pour le narrateur. D'autant que la lettre en question ne reste pas anonyme. Les archives révèlent, dans d'autres replis, le nom et l'adresse de son auteur. C'est elle, la cliente des Fechner, leur propre voisine, fleuriste dans la boutique d'en face. Qu'est-ce qui a pu pousser cette femme à commettre cet acte qui a conduit ses voisins à la déportation ? L'enquêteur veut savoir, veut comprendre. Il se transforme en justicier de l'Histoire, jusqu'à en devenir le persécuteur de la dénonciatrice démasquée... lui-même dénoncé pour harcèlement. C'est dans la dernière partie du livre que l'auteur paraît le plus convaincant. Et si cette histoire touche, c'est avant tout parce qu'elle met le doigt sur une plaie mal cicatrisée de notre histoire commune et de notre (mauvaise) conscience collective.
« La cliente » de Pierre Assouline. Gallimard. 192 p. 89 F.











