Le maire de la petite commune haut-saônoise a été mis en examen hier à Vesoul, pour un canular qu'il n'a pas maîtrisé.
Pour les gendarmes de Haute-Saône, la cause était entendue : « Il n'y a jamais eu de phénomènes surnaturels à Delain », disait encore hier le commandant Daniel Collot. Dans la petite église de ce village de 220 habitants, à l'ouest du département, des phénomènes inexpliqués se sont produits entre le 15 et le 20 octobre. Un mystère qui avait attiré bon nombre de medias et de curieux, intriguant également l'archevêché de Besançon, qui avait dépêché un moine exorciste sur place. Mais l'histoire est finalement plus rationnelle qu'elle n'y paraissait. Le maire de Delain depuis 1995, Thierry Marceaux, un animateur social de 32 ans, a été entendu toute la nuit de mardi à mercredi par les gendarmes et a été mis en examen pour dégradations, vols et dénonciation mensongère de faits ayant exposé les autorités à d'inutiles recherches. Il a été placé sous contrôle judiciaire avec obligation de soins hier à Vesoul. Il devra consulter un psychiatre dans un délai de 8 jours et encourt une peine de trois ans de prison et une suspension de ses droits civiques, qui l'obligerait à abandonner son mandat. « C'est un canular qu'il n'a pas maîtrisé », a indiqué son avocat, Me Michel Alliot, à la sortie du palais de justice. « Il est seul à avoir organisé ce canular et en prend l'entière responsabilité ». L'idée de cette « farce » lui est venue quand une ampoule électrique s'est brisée par terre, pendant la préparation du concert, provoquant l'effroi des paroissiens. Depuis le début de la semaine dernière, la gendarmerie avait procédé à l'audition systématique de tous les habitants de Delain, dont la vingtaine de témoins ayant assisté aux fameux phénomènes.
ENTENDU PLUSIEURS FOIS
Le maire avait été entendu plusieurs fois en tant que témoin. Les étranges manifestations avaient commencé le jeudi 15 octobre, à l'occasion de la préparation d'un concert de l'orchestre de Besançon dans l'église. Un autel avait été déplacé et, selon plusieurs témoins, un cierge avait volé sur une vingtaine de mètres avant de se briser dans le sens de la longueur. De jeudi à samedi, d'autres phénomènes avaient eu lieu - statuettes, cierges ou vases brisés - en présence de témoins, mais le concert avait eu lieu normalement le dimanche.
AVEC UN LASER
Le mardi 20 au matin, une statue avait été retrouvée posée par terre, ainsi que des cierges disposés en forme de soleil au pied de la chaire. L'abbé de la paroisse avait qualifié cette nouvelle découverte, la dernière en date dans l'église, de « mise en scène un peu grossière ». Depuis, les serrures ont été changées, l'église a été surveillée jour et nuit par les gendarmes, et aucun nouveau phénomène n'a été constaté. Quant aux habitants de Delain, ils n'en reviennent pas. « Il s'occupait de beaucoup de choses, il était toujours là pour aider les autres, c'est normal quand on fait du social », dit le premier adjoint, Bernard Blandin. Reste à savoir comment il a procédé. « On m'a parlé d'un laser. Cela a semblé très simple à réaliser », a seulement dit le procureur, sans rentrer dans le détail.











