Dès sa prise de fonction, le nouveau chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer a voulu rencontrer son homologue français Hubert Védrine. Ils ont « effleuré » les problèmes en bonne entente.
LE NOUVEAU chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, et son homologue français, Hubert Védrine, se sont découvert « beaucoup de points communs » lors de leur première prise de contact, hier, à Paris.
« C'est une véritable relation, une liaison, qui s'instaure entre nous », ont-ils tous deux commenté avec le sourire au cours d'une conférence de presse à l'issue de leur entretien. Joschka Fischer a consacré son premier déplacement officiel à Paris, où il est arrivé en début d'après-midi, quelques heures après sa prise de fonction, accompagnée d'une soixantaine de journalistes. Hubert Védrine et Joschka Fischer ne se connaissaient pas, ne s'étaient jamais rencontrés et ne s'étaient même pas parlé par téléphone, a reconnu le ministre français. Visiblement le courant est passé entre les deux hommes. Costume trois pièces sombre, cravate discrète à motif bleu, le chef de file des Verts allemands s'était glissé sans peine dans l'uniforme des diplomates et s'est livré avec un certain plaisir à l'exercice de la conférence de presse. « L'être humain reste le même, et j'y tiens », a-t-il tenu à préciser en réponse aux interrogations sur la manière dont il vivait son arrivée au gouvernement. Cette prise de contact a permis un « premier tour » des sujets d'actualité européens et internationaux.« Mais nous n'avons fait qu'effleurer les problèmes », a admis le ministre allemand. « Il n'était pas pensable d'arriver à des résultats et à des initiatives communes en si peu de temps », a-t-il ajouté. Les deux ministres sont convenus de se retrouver « pendant une journée » avant le prochain sommet franco-allemand organisé à Potsdam, dans l'est de l'Allemagne, les 30 novembre et 1er décembre. « Nous avons constaté beaucoup de points communs entre nous » au cours de cette première prise de contact, a encore assuré Joschka Fischer. « Des évaluations différentes ont également été enregistrées, mais il n'y a pas eu de discussion sur le fond », a-t-il ajouté.
DES DIVERGENCES
Les divergences sont cependant connues. Elles portent essentiellement sur le financement de l'Union européenne, l'Allemagne jugeant sa contribution trop importante et la France refusant de payer plus. La décision du gouvernement allemand d'abandonner progressivement le nucléaire, sujet important pour les Verts allemands, pose également problème aux Français, désireux de maintenir leur parc nucléaire. « Nous avons de bonnes perspectives d'arriver à une solution commune » sur les différentes questions abordées, a toutefois affirmé Joschka Fischer. « Tout dépend du travail politique fait pour trouver des compromis », a pour sa part souligné Hubert Védrine.« Un climat nouveau » est perceptible en Allemagne depuis la victoire des sociaux démocrates, a estimé le chef de la diplomatie française. « Il faut le traduire en actes », a-t-il souligné. Joschka Fischer a renouvelé son engagement pro-européen et a réaffirmé « l'intérêt du gouvernement fédéral allemand à poursuivre la relation franco-allemande, d'une importance capitale pour les deux pays et moteur décisif pour l'évolution et l'intégration de l'Union européenne ». A l'issue de leur entretien, Joschka Fischer et Hubert Védrine se sont rendus à Matignon où le ministre allemand a été reçu pendant près d'une heure par le Premier ministre Lionel Jospin. Il a ensuite a rencontré le président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Jack Lang l'a invité à venir prendre la parole devant les députés début janvier, ce qui serait une première pour un ministre allemand. Joschka Fischer a terminé son déplacement à Paris par une rencontre avec le ministre de l'Environnement, Dominique Voynet, chef de file des Verts français. Il s'est ensuite envolé pour Londres, où il devait dîner avec son homologue britannique Robin Cook. Joschka Fischer a prévu de terminer ce premier voyage officiel à Varsovie.
CONTINUITÉ ALLEMANDE
Avant même de s'envoler pour ces trois capitales, M. Fischer avait insisté, lors de sa prise de fonctions, sur la « continuité » de la politique étrangère de l'Allemagne. « La continuité est importante car elle répond à une préoccupation collective des voisins de l'Allemagne, qui par deux fois en un siècle a été une cause de guerre mondiale », a déclaré le premier ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne issu des rangs écologistes. En outre, a-t-il poursuivi, il y a en Allemagne « un consensus politique impressionnant sur la politique étrangère ». Soulignant la place de l'Allemagne réunifiée dans le processus européen, il a appelé de ses voeux un « achèvement complet du processus de réunification ». M. Fischer s'est défini comme un « euro-optimiste », l'Europe comportant selon lui « d'énormes risques, mais aussi de grandes chances ». Il s'est prononcé pour la poursuite de l'élargissement de l'Europe, une « tâche difficile » qu'il « tient pour nécessaire », à mener en concertation avec la Grande-Bretagne et « notre plus important partenaire, la République française ».
Hubert Védrine (à gauche) et Joschka Fischer.
(AFP)











