On avait misé sur les toiles, mais ce sont les dessins qui se sont envolés, mardi soir, à la Maison de la Chimie à Paris, où débutait la vente des Picasso ayant appartenu à Dora Maar, sa compagne et muse pendant près de dix ans. En une heure et demie et 34 lots, la première des six vacations (3 en octobre, 3 en novembre) consacrées à la dispersion du véritable « musée personnel » de la photographe et peintre, a totalisé 150,86 millions de F (167,23 MF avec les frais). « La Femme qui pleure », huile sur toile de 55 cm x 46 cm, a été enlevée à 37 millions de F et partira pour la Suisse. Si l'enchère paraît élevée au regard des estimations (16 à 20 millions), les commissaires-priseurs des études Piasa et Mathias espéraient bien réaliser un score plus élevé. Il s'agissait d'un tableau emblématique, car réalisé par Picasso en juin 1937, dans la foulée de « Guernica », deux mois après le bombardement de la ville basque par la Luftwaffe. L'Etat Français lui avait donné le certificat de sortie du territoire, ce qui le rendait plus cher mais, selon Me Mathias, cette autorisation est « peut-être arrivée un peu tard » (vendredi dernier), refroidissant d'éventuels acheteurs. En échange, l'Etat avait obtenu en dation de paiement des frais de succession plusieurs oeuvres qui iront au musée Picasso à Paris, dont le fabuleux « Dora et le Minotaure » (fusain, crayons de couleurs) et le « Portrait de Max Jacob » (dessin à la mine de plomb), dont l'absence à la vente en a frustré plus d'un.
MULTIPLIÉ PAR HUIT
Par ailleurs, le très attendu « Dora Maar aux ongles verts », estimé 20 à 30 millions, a été enlevé à bon compte pour 23 millions de F par le grand marchand de tableaux allemand Heinz Berggruen. Deux autres tableaux majeurs ont été adjugés dans la fourchette des estimations, sans plus. « Dora Maar sur la plage » a atteint 11,5 millions de F et « Dora Maar tête penchée au foulard jaune » 10,2 millions. En revanche, « Dora Maar assise de profil » a fait moins bien -7 millions- que son estimation basse, fixée à 8 millions. La surprise est venue des dessins, nettement sous-estimés et qui ont connu un grand succès. Le ministère espagnol de la Culture a ainsi acheté pour 3,3 millions de F, soit huit fois son estimation haute, le « Portrait de Dora Maar de trois-quarts », dessin à la mine de plomb, à l'encre de chine et estompe. M. Berggruen, lui, est revenu à la charge en achetant, pour 5 millions de F, le portrait de « Dora Maar aux cheveux défaits », dessin à la mine de plomb, estimé 600 à 800.000 F. Le dessin intitulé « Le mendiant assis » a doublé son estimation, en partant à 2,7 millions, de même que « L'aveugle à genoux » (1,6 million) et le « Portrait de Dora à la couronne de fleurs » qui a été adjugé 4,7 millions alors qu'on en attendait 1,8. Le dessin « Baigneuse à la corde à sauter » a multiplié par huit son estimation pour atteindre 4 millions de F, « Portrait de Dora Maar pensive » l'a multipliée par six (3 millions), de même que « Portrait de Dora Maar endormie » (3,8 millions). « Portrait de Dora Maar de profil » a fait huit fois mieux (3,2 millions).
« Dora Maar aux ongles verts » est parti en Allemagne.
(Photo AFP)











