DIRE qu'on croyait ferme à la neutralité de la Suisse. Or voilà qu'un procureur genevois se dit « profondément choqué » par la décision de la Haute cour de Londres invalidant le mandat d'arrêt qui avait permis d'arrêter le général Pinochet. Pis, Bernard Bertossa se permet même de commenter une décision de justice en estimant que, « si on veut lutter sincèrement contre les actes génocidaires, on ne peut pas invoquer l'immunité des chefs d'Etat». Ou alors, cela reviendrait à ne s'en prendre qu'à des sous-fifres. En d'autres termes, a-t-il renchéri, « on condamnerait Ribbentrop mais on accorderait l'immunité à Hitler».
C'est faire montre de beaucoup de perfidie à l'encontre d'Albion. Cette décision de la justice britannique désavoue en effet le gouvernement travailliste de Tony Blair qui n'avait pas voulu accorder l'immunité diplomatique à l'ancien dictateur chilien... Mais qui, parallèlement, a payé une suite à l'aéroport d'Heathrow pour accueillir Pinochet et s'apprêtait à invoquer des motifs « humanitaires » pour lui chercher une porte de sortie. Bon, c'est tombé sur Tony Blair. Mais l'ultra-libérale Margaret Thatcher s'est pliée en quatre pour défendre Pinochet, l'anti-franquiste et ex-chef du gouvernement espagnol, le socialiste Felipe Gonzales n'est pas favorable à l'extradition de Pinochet... Et, si la France officielle s'est réjouie de cette arrestation, dans le passé, qu'elle soit gouvernée par la droite ou la gauche, elle n'a pas manqué d'accueillir des Bokassa et autres Baby Doc. Que les diplomates en costumes étriqués soient plutôt gênés aux entournures par cette arrestation, on les comprend. D'autant plus, certainement, qu'un éventuel procès mettrait au grand jour, en autres, la participation active de la CIA, des entreprises et de la diplomatie nord-américaine au putsch qui a renversé un président démocratiquement élu, Salvador Allende. On ne peut toutefois pas tout leur reprocher. Car il y a, apparemment, toujours des bons et des mauvais dictateurs. La preuve, on diabolise Saddam Hussein et, en même temps, on en soutient des dizaines d'autres. Certes, les droits de l'homme sont à géométrie variable et les raisons d'Etats sont invariablement les mêmes. Au risque cependant de lasser les citoyens.











