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Hubert : un saint à Maastricht

Le patron des chasseurs est très fêté actuellement. Après la messe de Sengern, dimanche dernier, voici celle de Rimbach, samedi prochain. Au fait, qui est saint Hubert ?

DANS les textes anciens en latin, Hubert est appelé Hubertus Leodiensis (Hubert de Liège), Hugbertus, Hogobertus ou Hupertus. En français, selon les régions, Hubert a donné Humbert, Imbert, voire Heubert ou Heudebert. A l'étranger, Hubert est appelé Umberto ou Uberto en Italie ; Huberto en Espagne ; Hubert, Hubrecht, Humbrecht ou Huprecht (le ''u'' prononcé ''ou'' évidemment) von Lüttich et, enfin, Huybrecht ou Huyghebaert en Hollande.

Que sait-on véritablement de ce personnage qui fut évêque de la fameuse ville batave de Maastricht, haut lieu de la construction européenne, mais au toponyme oralement maintes fois massacré ?

CE QUE L'ON SAIT

Hubert, dit de Liège parce qu'il en fut le premier évêque, est né vers 656. Il a vécu dans l'entourage du chef franc Pépin de Herstal (ou d'Héristal), dit « Le Jeune » (vers 640-vers 714), maire du palais d'Austrasie à partir de 680, père de Charles Martel et ancêtre de Charlemagne. Veuf, Hubert s'est consacré à l'Eglise. Il s'est d'abord retiré au couvent bénédictin belge de Stavelot où il a sans doute rencontré l'évêque de Maastricht et de Tongres (Tongeren), saint Lambert, auquel il a succédé entre 705 et 709 avant de transférer ce siège épiscopal à Liège où il a été le premier évêque de cette ville entre 722 et 727. La tradition raconte qu'il se blessa lors d'un accident de... pêche, ce qui constitue un comble pour celui qui allait devenir le patron des chasseurs. Il aurait eu la main broyée par un maillet et en mourut le 30 mai 727.

CE QUE L'ON EN A DIT

D'après la légende, qui ne date que du 15e siècle, Hubert aurait été fils du duc d'Aquitaine. Devenu grand veneur de Pépin de Herstal, il a eu la révélation de sa foi lors d'une partie de chasse entreprise le Vendredi Saint de l'an 683. Le cerf dix cors que le chasseur avait poursuivi toute la journée a fait face à son poursuivant. Une croix est alors apparue entre les bois et une voix a enjoint à Hubert de rencontrer Lambert, évêque de Maastricht. Ce dernier lui a ordonné de consacrer sa vie à Dieu, mais Hubert était marié à Floribane, fille du comte de Louvain. Celle-ci mourut en mettant au monde leur fils Floribert. Hubert s'est alors fait ermite avant de se rendre à Rome. Alors que Lambert mourrait martyr à Liège, un ange apparut au pape Serge Ier (687-701) l'informant de la présence de Hubert dans la Cité Sainte et lui demandant de le nommer évêque à la place de Lambert. Hubert se regimba, mais après plusieurs interventions divines (une apparition d'un ange qui lui offrit le bâton épiscopal et les vêtements pontificaux de saint Lambert ; la Vierge tissant elle-même l'étole de saint Hubert et saint Pierre lui remettant une clef d'or pendant son ordination épiscopale), Hubert accepta le diocèse et transporta le corps de saint Lambert et le siège de Maastricht et Tongres (Tongeren) à Liège. En véritable thaumaturge, il a opéré de nombreux miracles, dont la guérison d'un malade de la rage. Pour couronner le tout, c'est un ange qui lui annonça sa mort une année à l'avance.

CE QUE LUI VALUT SA RENOMMÉE

Saint Hubert est fêté le 3 novembre, une date qui se situe en pleine période de chasse. Il a d'ailleurs été nommé patron des nemrods en raison des prodiges rapportés par la légende. Chaque année, les sonneurs de cor et de trompe de chasse animent de nombreux offices à cette époque. Mais saint Hubert est aussi le protecteur de tous les professionnels de la forêt, ainsi que des chiens de chasse, dont certaines races ont été élevées par le couvent de Saint-Hubert. On l'invoquait contre la rage (ainsi que contre les morsures de serpent). Mais depuis que Pasteur a découvert le vaccin antirabique, ce culte est complètement tombé en désuétude. On raconte que le roi Louis XI vouait à saint Hubert une admiration particulière. Du point de vue artistique et religieux, saint Hubert est souvent représenté prosterné devant un cerf portant une croix entre les bois, ainsi que nous le voyons sur les illustrations accompagnant ce texte. La scène évoque son "chemin de Damas". Mais attention, tous les tableaux et sculptures représentant cette scène ne concernent pas obligatoirement saint Hubert. En effet saint Eustache, martyr romain du deuxième siècle, saint Willibrord (658-739), évêque d'Utrecht contemporain de saint Hubert et saint Mainulphe, un illustre inconnu, sont, eux aussi, souvent représentés avec un cerf crucifère.

CE QU'IL EN RESTE

Les reliques de saint Hubert, exhumées en 825 de l'église Saint-Pierre de Liège où le corps de l'évêque avait été enterré, reposent depuis cette date dans une châsse à l'abbaye d'Andage, devenue Saint-Hubert, dans les Ardennes. La châsse a été commandée par Carloman, petit-fils de Pépin d'Herstal. D'autres reliques étaient vénérées à Beauvoir en Seine-et-Marne. Par ailleurs, le cor de saint Hubert, qui se trouvait jadis à la chapelle de Chauvirey-le-Châtel, en Haute-Saône, fait partie de la Wallace Collection de Londres. On dit que l'évêque de Liège Louis de Bourbon s'en serait lui-même dessaisi pour le remettre à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.

CE QU'EN PENSENT LES SPÉCIALISTES

Si saint Hubert est souvent confondu avec saint Willibrord, c'est parce que tous deux furent évêques dans la même région à christianiser, l'un à Maastricht et l'autre, plus au nord, à Utrecht. Ils apparaissent d'ailleurs dans les textes sous la dénomination latine commune d'« episcopi trajectenses». Quant à la légende du cerf, elle a été empruntée à la vie de saint Eustache. L'historien Louis Réau* a tenté de décrypter l'origine des fables nées autour de la vie de saint Hubert : « C'est parce que la forêt des Ardennes est très giboyeuse que saint Hubert est devenu le patron des chasseurs et que les hagiographes lui ont indûment attribué (...) aux dépens de saint Eustache, la vision du cerf crucifère. Les épisodes de la clef donnée par saint Pierre et l'étole offerte par la Vierge sont dus à la présence d'une étole et d'une clef dans les trésors de l'abbaye de Saint-Hubert et de l'église de la Sainte-Croix à Liège. » Pour sa part, la scène de la conversion de saint Hubert à la vue du cerf crucifère fait indubitablement penser à la conversion de saint Paul sur le chemin de Damas : « On peut même remonter plus haut, jusqu'à l'art égyptien où le boeuf Apis, portant un disque (Ndlr : solaire, représentant Dieu) entre ses cornes préfigure le cerf crucifère », a fort judicieusement souligné Louis Réau.

CE QU'ON PEUT AJOUTER

Soulignons enfin qu'un saint moine bénédictin Hubert, contemporain du premier évêque de Liège, est mort en 714. Ce saint Hubert-là est fêté le 30 mai. Il était entré très jeune (à l'âge de douze ans, selon ses hagiographes) à l'abbaye de Bretigny, près de Noyon, où il a mené une vie prodigieuse... Y a-t-il eu amalgame entre les deux vies, notamment en ce qui concerne notre saint belge, pour son séjour au couvent ? Enfin, selon certains auteurs, l'évêque saint Floribert de Liège, mort en 746, aurait été le fils que saint Hubert avait eu de Floribane avant d'entrer dans les ordres.

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Dimanche dernier, le « Rallye trompes du Kastenwald » à Sengern, participait à la traditionnelle messe de la Saint-Hubert.
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(Photo « L'ALSACE » - BE) Alors qu'il chassait, Hubert a vu un cerf portant un crucifix planté entre ses bois. Cette scène de cerf crucifère est peinte sur un tableau au-dessus de l'autel latéral droit, à l'église Saint-Gangolf de Galfingue, dans le canton de Wittenheim. (Photo « L'ALSACE » - JMN)
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