La « ligne » lycéenne semblait hier soir aussi diverse qu'incertaine.
Sur le perron du ministère de l'Education, Loubna, Daniel, Lô et les autres ont encore à la main les quatre pages du « plan Allègre». La rencontre avec le ministre s'est achevée à 15 h 15, sans Claude Allègre parti à l'Assemblée. Les 13 lycéens de la coordination nationale pèsent les mots d'un « bilan mitigé ». « C'est aux lycéens de juger dans chaque académie. La coordination nationale se réunira samedi », explique Loubna Méliane, lycéenne de Dijon syndiquée à la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL). Les 13 délégués, dont la moitié au moins sont syndiqués FIDL ou UNL, ont tout de même noté « des points positifs et des choses contestables ». Le bon, c'est notamment « l'engagement qu'à la Toussaint, les postes vacants seront comblés ». Le mauvais : « le refus d'augmenter le nombre d'assistantes sociales, d'infirmières et de conseillers d'orientation » ou « la limitation à 35 élèves par classe pour les terminales seulement ».
« INDÉPENDANT COMPLET »
Avant les interviews télé et radio, la discussion reprend à la table du café, à l'heure du goûter. Simon Vanesse est venu de Saint-Brieuc en « indépendant complet » et repart pour une AG en Bretagne. Il y dira qu'« un grand pas a été fait » pour la démocratisation de la vie au lycée mais qu'« aucun poste d'enseignant n'a été créé ». C'est la fin d'une après-midi commencée dans un climat tendu. Juste avant la réunion, Yasmina, lycéenne de Marseille, exclue de la délégation, avait ameuté les médias : « Vous voyez bien que je ne suis ni communiste ni anarchiste !», avait-elle plaidé, accusant la FIDL de tout manipuler. Elle était finalement rentrée au ministère avec les autres. D'autres se sentaient aussi « exclus du débat », ceux d'une coordination rivale : le « Comité de liaison interacadémique lycéen » crée à Jussieu. Ils demandaient au ministre une audience pour leurs 14 délégués, présentés commes les « seuls vrais élus » des académies. Parmi eux, Thomas, militant des jeunesses communistes, « monté » de Nice pour l'occasion. Le ministre ne les pas reçus et une douzaine de CRS les ont éconduits.
EN SUIVANT LA GÉOGRAPHIE
D'autres réactions ont été enregistrées, aussi diverse que la géographie de la contestation lycéenne dans l'Hexagone. A Lyon, Vincent Pépin, 22 ans, élève de classe terminale à Annecy, en Haute-Savoie, et membre de la coordination lycéenne locale, a regretté que les mesures ne portent pas sur des augmentations de professeurs qui « était une revendication majeure de la grève ». « Nous avons demandé que les classes ne soient pas supérieures à 30 élèves ». Le lycéen a ajouté que l'octroi de quatre milliards de francs était a priori« un peu juste ». Sven Brancaleon, 17 ans et demi, membre de la coordination de Grenoble, a estimé que le ministre « noie le poisson ». « Ce qu'on attendait surtout, c'était des professeurs », a-t-il ajouté. Sur la diminution du nombre des élèves par classe, Damien, élève de terminale au lycée Albert-Camus de Lyon et un des coordinateurs des manifestations à Lyon, la juge insuffisante.« Nous demandions un maximum de 25 élèves pour les cours généraux et 15 pour les cours de langue ». Yann Cathelin, un représentant des lycéens toulousains, a estimé que les mesures annoncées n'étaient « pas vraiment satisfaisantes », y voyant « beaucoup de flou, peu de précision ».« Pour les professeurs, on n'a rien obtenu de concret » à l'exception de l'ouverture de listes complémentaires aux concours de recrutement, a-t-il regretté.
« TRÈS DÉÇUS »
Les lycéens de l'académie de Rouen se sont déclarés eux « très déçus » par les mesures annoncées et ont fait part de leur intention d'appeler à la poursuite des manifestations. Les 23 représentants des lycéens qui venaient de participer à un comité de suivi présidé par le recteur Paul Desneuf, avec à l'ordre du jour les nouvelles mesures gouvernementales, ont regretté ne pas connaître les nouvelles dispositions applicables en Haute-Normandie. « Les promesses ont été faites au niveau national et nos revendications locales, 25 élèves par classe et 15 en cours de langue par exemple, ne sont pas satisfaites », ont-ils dit. Des lycéens de Montpellier, Angers, Marseille et Nîmes, qui se veulent « indépendants des syndicats », ont annoncé hier à Nîmes, la création d'un « Mouvement alternatif indépendant lycéens (MAIL)». Les lycéens ont décidé la création du MAIL pour s'opposer à la main-mise de « tous les syndicats » sur le mouvement lycéen, en citant notamment la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL). « On veut se faire respecter face à des représentants syndicaux qui se disent lycéens mais sont âgés de 24 ans et plus », soulignent les créateurs du MAIL dont le siège sera basé à Nîmes.
APPEL À MANIFESTER
Plusieurs responsables du Mouvement des lycéens bordelais ont appelé à une manifestation demain à Bordeaux, se déclarant déçus par les mesures annoncées par le ministre de l'Education nationale Claude Allègre. Une quinzaine de représentants du mouvement, réunis hier après-midi à la Maison des lycéens, au lycée François-Mauriac de Bordeaux, ont décidé d'appeler à une nouvelle manifestation demain après-midi, a indiqué un représentant du mouvement Jérôme Despaminil. « Certaines mesures annoncées sont bonnes, mais nous attendons plus au niveau des infrastructures », a déclaré Jérôme Despaminil, élève de terminale EIE (Equipement des installations électriques) au lycée Jacques-Brel, à Lormont, dans la banlieue de Bordeaux. Ce représentant a précisé que les lycéens attendent notamment des engagements concernant la construction de nouveaux établissements, de nouveaux amphithéâtres, et l'ouverture de Maisons des lycéens, telle que celle qui fonctionne au lycée François-Mauriac qui est en tête de la contestation lycéenne à Bordeaux. Une délégation de lycéens bordelais a été reçue hier après-midi au rectorat, à Bordeaux, où les mesures annoncées par le ministre ont été expliquées, a ajouté Jérôme Despaminil.











