D'un bord à l'autre de l'échiquier, le ton de l'accueil aux mesures Allègre est plus que favorable : au Parlement, le ministre réussit son examen.
Bienveillante à l'égard du mouvement lycéen et des mesures préconisées par le ministre de l'Education nationale, Claude Allègre, la classe politique voit déconcentration, régionalisation et rupture de gestion avec les syndicats d'un oeil favorable. Seul François Bayrou, prédécesseur de Claude Allègre, a vigoureusement refusé mercredi de se joindre aux « applaudissements », en accusant le ministre de vouloir « détruire » l'Education nationale. Régulièrement mis en cause par Jack Lang, ancien ministre socialiste de la Culture, pour son « immobilisme » et son « inaction » de 1993 à 1997, M. Bayrou s'est défendu en qualifiant la déconcentration de « leurre ». Elle est « totalement achevée depuis des années » et les réformes dont se targue Claude Allègre sont « faites depuis longtemps », a affirmé le président de l'UDF voyant une « espèce d'alliance contre-nature de la droite et d'une partie de la gauche pour détruire l'Education nationale ». Jack Lang, lui-même ancien ministre de l'Education, a immédiatement contré M. Bayrou, « le vrai casseur de l'Education nationale », selon lui, en stigmatisant « les dégâts » commis sous « son règne » et une « politique qui a souffert pendant trop longtemps d'impéritie et d'incurie ».
LA DIFFÉRENCE DES COMMUNISTES
Si dans la majorité, les communistes font entendre leur différence en critiquant les crédits de l'Enseignement supérieur et de la recherche, l'opposition est quasiment unanime, de l'ancien Premier ministre RPR Alain Juppé à l'ancien Premier ministre UDF Raymond Barre ou au président de Démocratie libérale (DL) Alain Madelin, à estimer que la déconcentration du système est indispensable. Au RPR, seul le président du groupe à l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, reproche à M. Allègre de pratiquer « l'immobilisme actif ». Pour M. Juppé, « on ne peut pas continuer à gouverner une aussi énorme machine de Paris ». C'est « une bonne orientation » qui « se heurte à des tas de conservatismes, des tas de blocages, des tas de lobbies », dit-il. Il préconise une « réforme d'ensemble » de l'Enseignement scolaire avec une « réorganisation du temps scolaire » alors que le président du RPR, Philippe Séguin, plaide pour sa « réduction ». Le secrétaire général du RPR, Nicolas Sarkozy, opposé au système de cogestion avec les syndicats, cher à François Bayrou, considère que la déconcentration est « un choix incontournable ». Pour Raymond Barre, il faut « casser le ministère de l'Education nationale » et donner plus d'autonomie aux chefs d'établissement. Une « vraie autonomie » pour les lycées, c'est aussi ce que prône Alain Madelin qui ne se défend pas d'« une certaine sympathie pour certains projets de Claude Allègre ».
UN VRAI RÉFÉRENDUM
Le dirigeant libéral lui reconnaît le mérite de « bien poser » le problème, mais pense que, pour faire « vraiment bouger les choses », il faudra « vraisemblablement aller jusqu'au vrai référendum sur l'Education nationale ». Un référendum que Jacques Chirac avait envisagé lors de la campagne présidentielle de 1995, qui n'a pas eu lieu et auquel M. Bayrou était opposé. Cette consultation aurait, selon Claude Goasguen (DL), « le mérite de mettre en lumière la réalité du fonctionnement de l'enseignement ». L'ancien recteur d'académie crédite M. Allègre d'avoir « popularisé la réalité d'un système dont aucun des ministres de gauche, comme de droite n'osaient parler jusqu'à maintenant ». Mais il juge sa « latitude réformatrice » affaiblie par ses « attaques contre les enseignants ».











