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Mesures annoncées et attentes déçues

Le ministre de l'Education nationale a délivré hier après-midi un message chiffré qui n'a pas forcément satisfait ceux à qui il était destiné.

APRÈS après avoir reçu les délégués lycéens hier après-midi, Claude Allègre a donné à l'Assemblée nationale et au Sénat la primeur de son plan d'urgence destiné à calmer une contestation juvénile, passée depuis la veille à la vitesse inférieure pour ce qui est de la mobilisation de rue.

Ce plan peut être divisé essentiellement en trois parties. La première consiste en un certain nombre de personnels supplémentaires, 14 000 étant le chiffre à vertu d'annonce. A l'énumération des catégories concernées, on se rend toutefois compte que les postes visés présentent tous un caractère soit précaire, soit auxiliaire, par rapport aux fonctions majeures de l'Education nationale. A l'exception peut-être des jeunes professeurs, actuellement sous les drapeaux et que le rappel de M. Allègre permettra de renvoyer dans la vie civile et dans des fonctions enseignantes.

10 000 AIDES-ÉDUCATEURS

Les autres, par contre, sont, soit des appelés du contingent (1000), destinés par force à n'être affectés que pendant douze mois à un service auprès des élèves et à ne plus l'être du tout au-delà de 2002, année qui marque la fin de la conscription obligatoire dans notre pays, soit des emplois-jeunes, en qualité d'aides-éducateurs (10 000), tels qu'ils officient déja dans les collèges et les écoles primaires. Ceux-ci ont également, de par leur statut, une « durée de vie limitée », même si elle leur offre théoriquement des possibilités de perfectionnement, de recyclage, mais aussi de départ vers, par exemple, un emploi définitif dans une autre branche d'activité. S'y ajoutent encore 3000 postes de surveillants-étudiants. Hormis le cas des jeunes enseignants sous les drapeaux, ou encore de ces 1000 lecteurs étrangers dont l'emploi (en marge faut-il croire des 14 000) doit faciliter la pratique des langues, l'ensemble de ces personnels ne concerne pas des postes d'enseignant devant élève et ne sont donc pas de nature à répondre aux revendications, tant des élèves, que des syndicats de professeurs, de décompression des effectifs. Certes, M. Allègre annonce également l'ouverture « immédiate » de listes complémentaires dans les disciplines déficitaires en enseignants, documentalistes et conseillers d'éducation, sans que ce renfort ne soit chiffré. A la question de savoir comment M. Allègre fera pour qu'« aucune classe ne compte, dès 1999, plus de 35 élèves », ces mesures immédiates ne répondent donc pas. Sauf à renvoyer au grand principe de la déconcentration, sur lequel il a reçu, il est vrai, un soutien très large allant du SGEN-CFDT et de la FEN à des chantres du libéralisme comme Alain Madelin. Une déconcentration censée répartir, dans l'Hexagone, une masse de professeurs dès à présent quasi-suffisante mais mal organisée, à cause d'une « gestion centralisée désastreuse ». Les jeunes futurs embauchés seront donc affectés à des tâches de surveillance, d'aide aux devoirs, de soutien et de conseil dans le cadre de l'apprentissage des nouvelles technologies, d'animation des espaces de discussion dont la création fait désormais l'objet d'une injonction impérative aux proviseurs.

MOINS DE STRESS

Loin d'être inutiles, ces missions, à condition d'être bien encadrées, devraient toutefois avoir un effet positif sur le climat général des établissements et permettre aux enseignants de se voir déchargés, à défaut d'une partie de leur travail, au moins d'une partie du stress accumulé sur leurs épaules. En corollaire, toute une deuxième partie concerne un volet beaucoup plus immatériel, avec des mesures destinées à faire avancer la démocratie lycéenne et dont on ne peut s'empêcher de constater qu'elles doublonnent souvent avec des instruments d'ores et déjà disponibles : une charte des droits et libertés des lycéens, le droit d'affichage et le soutien à la presse lycéenne, le doublement des crédits des fonds lycéens et leur cogestion (comme seront cogérés les « lieux de vie », à créer), la participation renforcée des lycéens à tous les organismes décisionnels, dont un nouveau Conseil de la vie lycéenne.

QUATRE MILLIARDS

La troisième grande catégorie de l'action Allègre concerne précisement la construction, physique cette fois, des amphithéâtres pour lycéens, bureaux pour enseignants, destinés à rendre possible cette nouvelle façon de vivre les relations entre élèves, entre élèves et enseignants, d'assister la vie démocratique au sein des établissements. Intention louable que, derrière un effet d'annonce semblable aux 14 000 emplois nouveaux, la réalité des quatre milliards censés soutenir l'effort n'assure pourtant pas. Car ce ne sont en effet pas quatre milliards inscrits au budget : cette manne dépend des régions, invitées par M. Allègre à financer ces travaux, en même temps que ceux d'une remise aux normes de sécurité des équipements. Simplement le rythme de l'exécution pourrait en être plus rapide, puisque l'Etat leur garantirait, à hauteur de quatre milliards donc, des prêts à taux zéro... Aussi volatile que la confiance, c'est-à-dire la patience, des lycéens, dont a désormais besoin M. Allègre, la bonne volonté des Régions est difficile à apprécier. D'autant que certaines seront tentées de regimber devant ce qui leur apparaîtra comme une incursion intolérable dans leurs affaires et une pression maladroite sur leur libre-arbitre, prenant une fois de plus, de la part de M. Allègre, l'opinion à témoin. En annexe, on citera encore la parution fin octobre d'une circulaire sur les allègements des programmes, très diversement appréciés par les enseignants et une partie des élèves, et le renvoi, à la rentrée prochaine, de la réforme des lycées. Ceux dont on attend évidemment la réaction de la manière la plus immédiate ce sont les lycéens. Ceux qui étaient, hier après-midi reçus, par le ministre et ceux qui sont retournés dans leurs établissements et saisiront -si leurs exhortations au réveil d'une conscience lycéenne citoyenne repose sur quelque fondement- l'occasion des vacances pour réfléchir et se déterminer : pour ou contre une éventuelle reprise des hostilités à la rentrée. On peut compter par ailleurs sur l'aiguillon des membres de la coordination concurrente, privée de réunion et de reconnaissance officielle, pour tenter de radicaliser les positions. A peu près seule certitude, que promet le calendrier : la Toussaint videra entièrement les lycées pour dix jours.

Claude Allègre à l'Assemblée hier pour présenter son plan en faveur des lycées.



(AFP)

L.M.

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