En d'autres temps, le doublé de Pantani (Giro-Tour de France) et l'avènement du Suisse Camenzind auraient été les seuls repères de l'année. Mais le bilan 98 retiendra avant tout l'affaire Festina et les problèmes du dopage...
MÊME l'éclatant doublé de Marco Pantani n'a pu faire oublier l'affaire Festina et ses conséquences. La saison 1998 s'est conclue dans l'ombre envahissante du dopage.
Les Italiens en rêvaient, Pantani l'a fait. Depuis 33 ans, le pays du cyclisme attendait un successeur à Felice Gimondi au palmarès du Tour de France. L'ironie a voulu que Pantani, grimpeur d'exception, s'impose sur un parcours moins montagneux que l'année précédente. En d'autres circonstances, le triomphe de Pantani, doublé d'une formidable victoire dans le Giro, relèguerait tous les autres évènements au second plan. La deuxième Coupe du monde de Michele Bartoli, le pur-sang italien qui a détrôné le Français Laurent Jalabert de la place de numéro un mondial en fin de saison, le titre de champion du monde d'Oscar Camenzind, le robuste coureur suisse irrésistible au mois d'octobre, ou encore les coups d'éclat intermittents de l'espoir belge Frank Vandenbroucke. Mais l'interpellation de Willy Voet, le 8 juillet, a fait tout oublier... ou presque. Les révélations du masseur belge de l'équipe Festina, arrêté en possession de produits dopants, la confirmation de Bruno Roussel, son directeur sportif, les aveux des coureurs, le Suisse Alex Zulle en tête, ont provoqué un séisme dans le monde sportif. Derrière Festina, c'est la médicalisation du cyclisme qui a été mise en évidence, soulignée par une avalanche de déclarations plus ou moins autorisées comme le veut la règle.
PANTANI L'HOMME DE L'ANNÉE
Pantani est-il l'homme de l'année ? Sportivement, sans aucun doute, tant le « Pirate » s'est montré conquérant quand il est parti à l'abordage de la Marmolada dans le Giro puis du Galibier dans le Tour. Pour preuve, le témoignage de Charly Gaul, le légendaire « ange de la montagne », qui a reconnu l'Italien pour seul héritier depuis que le Luxembourgeois s'est retiré du peloton dans les années 1960. Pantani, à l'histoire émouvante -que d'efforts pour se remettre de son grave accident d'octobre 1995 ! -, a réhabilité le cyclisme. Le Romagnol se situe aux antipodes du cyclisme scientifique et de son cortège d'entraîneurs ou de préparateurs. « Quand je pars à l'entraînement, explique Pantani, je ne sais pas pour combien de temps. Je décide en cours de route en fonction de mes sensations».
DU POISON DANS LES VEINES
Ce cyclisme à l'antique a fait rêver des générations entières par sa générosité et son allégresse. Mais les exploits de Pantani n'ont pu sauver à eux seuls le Tour de France le plus noir de l'après-guerre, qui a failli s'arrêter définivement dans les Alpes après des rebondissements à n'en plus finir, des descentes de police aux interventions judiciaires. « Le Tour de France a vécu plus de trois semaines avec du poison dans les veines » a résumé son directeur Jean-Marie Leblanc. Trois semaines aux lourdes conséquences pour le cyclisme, contraint de procéder à une profonde remise en cause ne serait-ce que pour garder son équilibre financier. S'il est encore trop tôt pour jauger d'une très hypothétique désaffection du public -que valent des enquêtes d'opinion orientées ou effectuées « à chaud » ? -, les commanditaires s'interrogent en effet sur leur engagement. Pour une question d'image avant tout, même si le cyclisme reste un sport qui « assure des retombées exceptionnelles » selon les mots de l'un d'entre eux. La France est le premier pays confronté à ce mouvement. L'exemple Casino est édifiant. C'est l'année où son équipe obtient des résultats inespérés et devient deuxième formation mondiale que la firme annonce une réduction de son soutien et son retrait à la fin de la saison prochaine. Pour garder ses investisseurs, le cyclisme doit trouver des solutions radicales. Les dirigeants du cyclisme professionnel français l'ont compris. Les parrains des équipes aussi puisqu'ils sont décidés à s'engager résolument sur le sujet. C'est là un des (rares) motifs d'optimisme de l'année.
Les puristes se consolent comme ils le peuvent : au terme d'une saison noire entre toutes, Marco Pantani restera dans les annales comme le prince d'un cyclisme à l'antique qui a fait rêver des générations entières.











