Pour donner leur moelleux aux planches de bord des véhicules haut de gamme, on les recouvre d'une fine pellicule de plastique obtenue par rotomoulage à l'usine d'Audincourt.
LES PLANCHES DE BORD constituent l'une des principales activités de l'usine ECIA d'Audincourt. Au centre Peugeot de Sochaux tout proche, l'atelier dirigé par Daniel Dodane livre des planches complètes pour les 406 et 605.
Pour les Volkswagen, on se contente de fabriquer les « peaux », qui seront posées ailleurs sur leurs armatures. En effet, une planche de bord de véhicule haut de gamme n'est plus moulée d'une pièce. Son armature est recouverte d'une sorte de similicuir. Entre les deux, on injecte de la mousse. L'aspect en est d'autant plus cossu. Pour la perfection de l'aspect final, la peau est moulée, sur une coquille de nickel pur, par rotomoulage. Pour simplifier, on dira que le moule métallique est chauffé à plus de 400 degrés avant d'être arrosé de poudre de plastique. Celle-ci va fondre au contact du métal. L'ensemble sera ensuite chauffé une deuxième fois, puis refroidi et enfin démoulé.
DÉPOUILLEURS
C'est là qu'intervient la première opération manuelle. Particulièrement délicate. « Il faut au moins quatre mois pour faire un bon dépouilleur, affirme Daniel Dodane. En partant de quelqu'un qui a déjà un CAP, voire un bac pro en plasturgie.» Le geste d'abord est important. « C'est comme pour éplucher une banane, explique Michel Notto, conducteur de l'installation. Si on tire trop fort, on abîme tout, si on ne tire pas assez, la peau ne vient pas.» Le mouvement pour arracher la peau à son moule ne dure que quelques secondes. A cet instant, la pièce est encore à une température d'environ 55°C. A la forme précise de la future planche de bord, elle mesure environ un millimètre d'épaisseur et est aussi souple qu'un beau cuir. Le dépouilleur n'a pas terminé son oeuvre lorsqu'il pose la peau sur le support prévu à cet effet. Il doit encore l'examiner pour détecter tout défaut d'aspect. « En arrachant la peau de sa coquille, s'il y a une adhérence, on peut aller jusqu'à une déchirure, poursuit Daniel Dodane. Ça, on le détecte immédiatement. Mais comme à ce moment, la peau est encore chaude et très souple, on peut l'allonger. Lui infliger des déformations qui sont difficiles à voir, mais qui apparaîtront plus tard, lorsque l'on injectera la mousse.» Le dépouilleur est donc responsable de sa production, et de ses moules. « C'est l'opérateur qui sent si la peau adhère trop à la coquille, explique le chef d'atelier. Si c'est juste un point qui bloque, il doit ajouter de l'agent de démoulage. Si c'est sur l'ensemble, il doit faire enlever la coquille pour l'envoyer au nettoyage et en monter une propre.» Pas question en effet de toucher ces coquilles en nickel pur avec un outil. « On peut les essuyer à la main, c'est tout », précise Michel Notto. Les nettoyages périodiques se font dans des bacs de soude, puis au nettoyeur haute pression. « Il faut que l'intérieur soit parfait puisque c'est là que se forme le grain qui donnera son fini à la planche de bord.»
Et la durée de vie de la coquille est courte. La machine tourne 24 h sur 24 pour produire les milliers de pièces indispensables à la fabrication des Peugeot et VW haut de gamme. Tous les deux mois environ, les coquilles partent au rebut. Les clients sont exigeants. Pas question de laisser passer le moindre défaut. Une coquille légèrement sale ou usée et le simili sera trop mat, ou trop brillant.
Seul le conducteur de l'installation et ses dépouilleurs sont aptes à juger la qualité de leur production, et de décider des mesures à prendre pour la maintenir constante.
Doigté et coup d'oeil pour produire des peaux parfaites. Esthéticiens des planches de bord en quelque sorte.
Les dépouilleurs sont responsables de la qualité de leur production. Ils doivent donc aussi s'assurer du bon fonctionnement de l'installation.
(Photos « LE PAYS » - P.L.)
Le geste précis de l'arrachage de la peau, montré par Michel Notto.











