L'ouverture de la nouvelle saison de l'Orchestre philarmonique de Strasbourg restera à plusieurs titres dans toutes les mémoires. Tout d'abord à cause de la complémentarité d'un programme qui a fait découvrir des compositeurs considérés « difficiles » (Leos Janacek et l'Anglais Benjamin Britten) pour terminer par un chef d'oeuvre grand public comme la 9e symphonie de Dvorak. Deuxièmement parce que l'on sentait les musiciens strasbourgeois fortement impliqués, dirigés avec inspiration par leur chef Ian Latham-Koenig et qu'ils ont joué comme dans leurs meilleurs jours. Enfin parce que le concerto pour violon de Britten nous a fait connaître la virtuosité extrême du violoniste allemand Frank Peter Zimmermann qui a ébouli le public, et les musiciens qui n'ont cessé de l'applaudir. Il y a ainsi des soirées où règne un climat de bonheur. Dvorak a sans doute été programmé en complément à Janacek, il s'agit de deux compositeurs qui ont été pour beaucoup dans l'affirmation de l'identité tchèque. Et on devinait chez Latham-Koenig l'envie de nous faire apprécier sa version personnelle de la Symphonie du Nouveau Monde, une oeuvre bien connue mais qui a pris sous sa direction un relief nouveau. De même a-t-il voulu traduire la merveilleuse Sinfoniettta de Janacek, de façon solennelle et radieuse. Cette oeuvre a été écrite, ne l'oublions pas, alors que son auteur avait 72 ans, et il y apparaît comme un compositeur enflammé, tout en couleurs et lumières, juste deux ans avant sa mort. L'approche de Britten apparaît plus complexe et Latham-Koenig persiste et signe, en revenant pour la deuxième fois à une musique plutôt cérébrale qui accroche moins bien le spectateur. Mais il y avait le génie du jeune soliste de 33 ans, Frank-Peter Zimmermann, au talent multiforme qu'il promenait entre prouesses techniques et grands moments lyriques, lui ayant valu une belle ovation. Il ne faut pas oublier que c'est à Zimmermann que l'on doit un enregistrement intégral des 24 caprices de Paganini, le sommet de la virtuosité.











