En mars 1997, la petite Sabrina avait été mortellement blessée par une balle à Ostwald. Le meurtrier, jugé devant les assises du Bas-Rhin, a-t-il visé la fillette avec son fusil ou a-t-il tiré au hasard ?
LA BALLE qui a tué Sabrina, 9 ans, a ricoché sur le sol avant de la toucher, a révélé lundi la première journée du procès du tireur, Jean-Paul Lauterbach, un marginal de 51 ans jugé par la cour d'assises du Bas-Rhin pour ces faits.
ALCOOLISME CHRONIQUE
Pour avoir tué l'enfant, un dimanche de mars 1997 dans un champs près d'Ostwald, l'accusé encourt 20 ans de détention pour violences avec arme sur mineure de 15 ans, ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ce dimanche après-midi, Jean-Paul Lauterbach, alcoolique chronique depuis l'âge de 18 ans, avait déjà avalé environ six litres de bière. « Comme je ne bois pas de café le matin, j'ai commencé à la bière, à mon réveil à 7 h 30 », a-t-il expliqué. Vers 15 h 30, un groupe de cinq enfants s'amuse à construire une cabane près d'un ruisseau. Jean-Paul Lauterbach habite de l'autre côté, dans un logement de fortune. L'un des enfants lance des pierres sur son toit. Lauterbach sort et injurie les gamins, qui l'insultent à leur tour. Il rentre chercher un fusil 22 long rifle et tire un coup en l'air. Les enfants apeurés s'enfuient. Il tire un second coup en direction des enfants et la petite Sabrina Schwing s'écroule, à plus de 140 mètres de là. « Elle est morte en cinq à dix minutes au plus », a précisé le médecin légiste, qui a constaté que l'aorte et le coeur ont été touchés.
DES OMBRES AU LOIN
Une grande partie des débats a tourné autour de la question de savoir si Lauterbach avait visé la fillette. L'accusé affirme qu'il a une très mauvaise vision, qu'il ne distinguait que des ombres au loin, et qu'il ne pouvait pas viser. L'expert en balistique, Pierre Richert, a assure pour sa part que la balle a ricoché sur le sol sablonneux à 100 mètres de la victime, avant de l'atteindre.« Quand on tient l'arme sous l'aisselle, comme l'a fait Lauterbach, le tir est très aléatoire, très hasardeux : il suffit de bouger l'arme de quelques millimètres pour que le tir soit dévié de plusieurs mètres ».
ARSENAL
L'ophtalmologiste Jacques Flament a pour sa part décelé une hypermétropie et une astigmatie importante chez l'accusé. Mais son rapport est difficile à interpréter : si Lauterbach a visé (avec un oeil), sa vision était floue à partir de cinq mètres. S'il a tiré sans viser, sa vision avec les deux yeux était de 9/10e, quasi-normale. Reste que l'abri construit par Lauterbach avec l'aide d'amis contenait trois armes à feu : un fusil 22 LR, une carabine à air comprimé et un pistolet, ainsi que 265 cartouches 22 LR. Interrogé par le président sur cet arsenal, l'accusé répond qu'il s'amusait à tirer sur une cible ou sur les canards du ruisseau. Le matin même, dit-il, il a tué un canard « pour le manger ». L'homme, au visage émacié et mangé par une barbe brune, est décrit par de nombreux témoins, dont des adolescents, comme très calme, sympathique, de bon conseil. Il n'a jamais été condamné. Le procès doit se terminer aujourd'hui.











