Prenant la suite des manifestations qui ont éclaté un peu partout en France, des lycéens de plusieurs villes alsaciennes sont à leur tour descendus dans la rue. Ils étaient les plus nombreux à Mulhouse.
TANDIS qu'à Paris, on hésitait entre l'Assemblée nationale et le ministère de l'Education nationale, à Mulhouse le coeur d'une manifestation matinale oscillait entre Porte Jeune et place de la Réunion : les lieux de rendez-vous n'étaient pas clairs et tout au long d'une journée marathon, les va-et-vient du long serpent contestataire ont refleté le joyeux désordre d'un mouvement lycéen qui, depuis la fin de la semaine dernière, tend à devenir national.
Partis, aux premières heures de cours séchés, des lycées Lavoisier et Montaigne, plusieurs centaines de lycéens ont sillonné les artères du centre-ville, sans chercher à les bloquer d'abord, repassant plusieurs fois aux mêmes endroits, empruntant même les rues piétonnes du centre-ville pour rejoindre le lycée Schweitzer ou le Roosevelt. Ce n'est que vers 10 h, après avoir fait le plein de ce qui pouvait être rassemblé - ils seront plus de 3000 au plus fort de la mobilisation - que le cortège s'est constitué dans toute son ampleur, barrant cette fois, dans toute leur largeur, les rues et avenues. Jusqu'à - aux alentours de midi - se scinder en deux, après un rapide passage devant le lycée professionnel Charles Stoessel et une dernière hésitation à une intersection, un tronçon poursuivant vers la Porte Jeune, l'autre maintenant le cap initialement choisi : le lycée Camille Claudel. L'ensemble des établissements mulhousiens étaient présents dans le cortège avec des délégations plus ou moins fournies. Le slogan-roi, le même qui se répand depuis le démarrage historique, à Nîmes, a été « Lycéens en colère, y'en a marre de cette galère », alternant avec d'impératifs « Tous ensemble, tous ensemble », empruntés aux cheminots de la grande grève.
CLASSES SURCHARGÉES
La « galère », aux dires des rameurs interrogés dans la foule, ce sont les classes surchargées, à 34, 36 et plus - particulièrement dur à vivre lorsqu'il s'agit de matières à présenter à l'oral du bac - des professeurs en nombre insuffisant ou non encore nommés, des locaux insuffisants, etc. Manifestement en pointe dans ce registre revendicatif : les élèves des sections technologiques, notamment tertiaires. L'ensemble de ces doléances étaient cependant portées sur un registre bon enfant, avec un volume sonore qu'amplifiait encore le passage vociférant par les plus petites rues de Mulhouse. Alors que la manifestation était encore préservée dans son intégrité lycéenne, le seul incident notable s'est produit devant le lycée Roosevelt où le proviseur barrait le perron d'accès que d'aucuns faisaient mine de forcer alors que, plus bas, une automobiliste forçait le passage dans la foule. La fausse note était-elle donnée ? Même si les deux catégories d'événements n'ont aucun point commun, c'est à partir de là que plusieurs incidents devaient émailler le déroulement de la manifestation. Ils étaient le fait d'éléments extérieurs au milieu lycéen et devaient rester heureusement isolés. Quatre personnes, dont trois mineurs, ont ainsi été interpellées : deux jeunes âgés de 16 et 17 ans, pour avoir dégradé des véhicules et un troisième, âgé de 17 ans, pour avoir jeté des pierres sur les forces de l'ordre. Un jeune homme de 22 ans a également été interpellé en détention d'une arme de poing après avoir proféré des menaces à l'encontre de jeunes manifestants.
« ON REVIENT DEMAIN »
L'après-midi, le sit-in initialement prévu devant le lycée Montaigne s'est vite transformé, en un « tout le monde place de la Réunion », devant les grilles fermées de l'établissement. Une nouvelle fois rassemblés sur le parvis de l'église St-Etienne, les manifestants, réduits à deux ou trois centaines, ont écouté Giorgio, l'un de leurs rares leaders, leur rappeler pêle-mêle que la mairie, initialement visée, n'était pas le bon interlocuteur, qu'il fallait viser le rectorat, et que, bien sûr, on reviendrait « demain matin, dès 9 h». En aparté, Giogio et ses camarades avoueront qu'ils avaient évité les bâtiments municipaux de même que les lycées eux-mêmes, tant qu'ils avaient pu, « pour éviter que les casseurs n'y entrent ». Salutations reconnaissantes des mêmes aux policiers « qui nous ont bien accompagnés et qui ont été très sympa ». Plus tard dans l'après-midi, après notamment une brève occupation des voies SNCF à la gare de Mulhouse, un mini-cortège s'effilochait en ville, qui ne comptait plus que de rares lycéens, et donnait encore lieu à quelques incidents réprimés par les forces de l'ordre.
STRASBOURG : 1500 À 2000
A l'initiative du lycée Le Corbusier d'Illkirch-Graffenstaden, les lycéens strasbourgeois étaient, eux, environ 1500 à 2000 (800 selon la police), représentatifs des lycées d'enseignement général, technologique ou professionnel, hier après-midi sur la place Kléber avant de défiler dans les rues. A l'issue de la manifestation, une délégation a été reçue pendant une bonne heure par Marc Debène, recteur de l'Académie. « Nous attendons la mise en application rapide des propositions de la consultation Meirieu », a expliqué une représentante des lycéens. « Il faut prendre des mesures contre la violence et le racket, dès le collège car ensuite, le phénomène continue au lycée». Plus de moyens, des locaux adaptés, des effectifs allégés pour de meilleures conditions d'enseignement, leurs revendications rejoignent celles des autres jeunes, sur le plan national. Au lycée Jean-Mermoz de Saint-Louis, une très large majorité des 2200 lycéens de l'établissement a déserté les salles de classe pour manifester dans l'enceinte, avant, ont-ils annoncé, de descendre dans la rue ce matin. La grève lycéenne a été lancée par solidarité avec le mouvement national. Reste que les lycéens livrent une liste impressionnante des désagréments qu'ils ont connu en raison de la vétusté des locaux : état des salles de cours, pannes de chauffage, chute d'une partie de faux plafonds, fenêtres récalcitrantes, toilettes inadaptées, etc. Le lycée de Saint-Louis est en effet un des derniers de la région a n'avoir pas encore été rénové. Les plaintes portaient essentiellement sur l'état du bâtiment qui accueille l'enseignement technique.
WITTELSHEIM ET THANN
A Wittelsheim, les lycéens ont également sèché les cours en avançant des revendications liées à leurs conditions d'études : environ 450 des 750 élèves du lycée Amélie Zurcher, au-delà de la solidarité avec les lycéens de Mulhouse et le mouvement national, voulaient exprimer leur mécontement dû essentiellement à un problème de transport. Les autres revendications portent sur la cantine et un manque de salles lié à ce que les élèves considèrent comme un sureffectif. A Thann, 800 élèves du lycée Scheurer-Kestner, sur un total de 950, ont manifesté en ville hier matin. Quelques-uns ont rejoint Mulhouse dans l'après-midi, mais la plupart sont rentrés chez eux après le déjeuner. La moitié du lycée professionnel de Thann a également fait grève, dans la matinée. A Masevaux, où la quasi-totalité des élèves du lycée professionnel a participé au mouvement, quelques incidents ont eu lieu en ville : vitrine fendue et voitures cabossées.
A Thann, comme dans de très nombreuses villes de France, les slogans scandaient le mécontentement des lycéens.
(Photo « L'ALSACE »- Arnaud Viry)











