La brigade mobile de recherche est le fer de lance de la lutte contre les délinquances liées à l'immigration clandestine. Récit d'une nuit ordinaire.
LUNDI soir en gare de Mulhouse. La brigade mobile de recherche de la DDCILEC (direction départementale du contrôle de l'immigration et de la lutte contre l'emploi des clandestins) effectue des vérifications d'identité. La dizaine de policiers dirigée sur place par le commandant Jean-Pierre Papelard, patron de la BMR, bénéficie du soutien technique de Georg Michon, le spécialiste des faux papiers à la DDCILEC. Le premier contrôle est positif : une jeune femme qui descend du train de Paris présente un passeport de la Côte d'Ivoire. Elle réside en Suisse, où d'après les vérifications elle est mariée à un Helvète qui pourrait être son père, mais n'a pas de visa pour venir en France.
KOSOVARS REFOULÉS
Dans le passé, elle a déjà été prise ainsi deux fois en situation irrégulière dans notre pays. Elle dit qu'elle s'est juste arrêtée à Mulhouse pour voir une amie. Les policiers croient plutôt qu'elle est prostituée et qu'elle est descendue à Mulhouse pour ça. Comme ils savent que l'affaire n'irait pas loin judiciairement, ils lui mettent une annotation sur son passeport, et lui font prendre le prochain train pour Bâle. Ce soir, les autres contrôles à la gare sont négatifs. Mais dans la même nuit, à Colmar, les policiers de la CILEC interpelleront dans le train venant de Vintimille six clandestins Kosovars. Ils seront refoulés vers l'Italie, d'où ils sont venus. Dans le quartier de la gare, la BMR contrôle ensuite les prostituées étrangères. Depuis plusieurs mois, des jeunes femmes tchèques sont là. En avril, la BMR en a interpellé puis fait expulser une dizaine en situation irrégulière, et arrêté un de leur contrôleur condamné fin septembre à 18 mois ferme pour proxénétisme aggravé. Sur commission rogatoire du juge d'instruction, ils ont identifié un autre proxénète tchèque.
COURSE POURSUITE
Ces jeunes femmes entrent dans l'espace européen Schengen comme touristes et peuvent y rester trois mois. Elles arrivent souvent avec des chauffeurs routiers, logent dans des hôtels pas cher, et mangent dans des snacks. Il semble que depuis l'arrestation du proxénète tchèque, ces filles sont contrôlées dans une sorte de sous-traitance par d'autres étrangers installés à Mulhouse, Turcs ou d'Afrique du Nord. A 23 h, avenue Foch, un automobiliste marocain démarre pour échapper au contrôle. Une péripatétienne du cru indique aux policiers que l'homme est souvent avec les Tchèques. Sa voiture est poursuivie et interceptée au coin de la rue de la Sinne. Sa passagère est une prostituée tchèque. Elle a déjà été contrôlée en mars et en juillet. Les policiers annotent sur son passeport le nouveau contrôle. Comme il n'y a pas de preuve de proxénétisme, il doivent aussi laisser repartir l'automobiliste marocain. Mais ces informations serviront pour la suite.
FAUX PAPIERS
Rue du 17 Novembre, deux péripatéticiennes africaines répondent aux policiers qu'elles n'ont pas leurs papiers sur elles, à cause des vols à l'arraché. Ce sont deux soeurs camerounaises qu'ils connaissent bien. Les policiers vont avec elles à leur domicile où elles leurs montrent les papiers. L'une, divorcée d'un Français est connue pour avoir donner sa carte d'identité, qu'elle a déclaré perdue, à une compatriote qui s'est prostituée sous son nom en Suisse avant d'être expulsée. De le même sorte, celle-ci a pu prendre un appartement à Mulhouse. Les deux filles sont convoquées le lendemain au siège de la BMR. Près de la poste central, les policiers contrôlent une autre Camerounaise. Elle est en possession d'une carte d'identité française obtenue indûment, en se faisant passer pour une Française qui existe réellement. L'usurpatrice est placée en garde à vue, puis en rétention administrative pour être expulsée.
Contrôles à la gare centrale.
(Photo « L'ALSACE » Darek Szuster)











