Le Territoire possède désormais un vignoble. La première vendange a eu lieu hier à Saint-Dizier-l'Évêque et le précieux nectar pourra être dégusté au printemps, mais en cercle restreint.
LE TERRITOIRE de Belfort était jusqu'à présent le seul département français à ne pas posséder de vignoble. Il en a acquis un à Saint-Dizier-l'Évêque en 1996, qui a donné cette année ses premiers fruits. La vendange était organisée hier matin et près de 300 kg de raisins ont été récoltés. « Nous pensions vendanger l'an prochain, pour que le vin soit prêt en l'an 2000. Comme le printemps a été doux, les fruits étaient au rendez-vous et nous avons devancé la récolte », explique André Nayener, trésorier de l'association des Amis de la vigne qui gère le vignoble.
Il a donc fallu deux ans, au lieu des trois ans habituels, pour que les 2200 ceps, plantés en juin 1996, soient prêts à être récoltés. C'est Christian Proust, préfet du département, qui a initié le projet. « Un jour, au cour d'un apéritif officiel, il a déploré ne pouvoir offrir à ses hôtes un breuvage local, raconte André Vayener. Les vignes, décimées par le phyloxera, ont en effet disparu du Territoire, dans les années vingt.»
35 ARES DE TERRAIN
Un petit groupe de passionnés de vin, originaires de Saint-Dizier et de ses environs, ont relevé le défi. La commune les a suivis et s'est tournée vers le département pour chapeauter le projet. « La réglementation nous imposait un maximum de 50 ares de terrain, à condition de ne pas vendre le produit de la récolte, précise André Nayener. Le vignoble s'étend donc sur 35 ares, les deux tiers de la production reviennent au conseil général et le tiers restant à notre association.» Il a fallu choisir le terrain. Exposé plein sud, derrière l'église du village, il servait de jardin au curé de la paroisse. « Il n'est pas parfait, avoue un membre des Amis de la vigne. Il manque un peu de soleil, le sol calcaire est sans doute trop profond, et surtout le gel menace ».. Ça n'a pas découragé les 80 membres de l'association qui ont construit des murets de pierres sèches et planté les pieds de vignes. Le département a pris en charge le coût de la plantation, soit 30 000 F, et s'est engagé à verser la même somme chaque année pour l'entretien. Lucien Dickele, formé au lycée viticole de Montmorot dans le Jura, a été embauché à cet effet en contrat emploi soildarité.
VINIFICATION DANS LE DOUBS
Hier, en deux heures, la soixantaine de vendangeurs, en majorité membres de l'association, avaient terminé la récolte. Sur les 300 kilos de raisin, 240 litres de jus ont été extraits du pressoir acheté par l'association. Ils ont rejoint dans l'après-midi les cuves d'une autre association vinicole basée à Vuiaffans, dans le Doubs, où ils seront vinifiés au printemps. « À terme, notre but est de vignifier à Saint-Dizier-l'Évêque. La cave du presbytère est déjà reservée pour le stockage des bouteilles. Reste à touver un local pour les tonneaux et l'embouteillage », indique un des viticulteurs amateurs. D'autres communes du Territoire seraient prêtes à recevoir elles aussi quelques pieds de vignes. Jean Monnier, vice-président du conseil général chargé de l'agriculture, ne l'exclut pas. Mais hier, il se contentait de savourer la première récolte du département : « Ces jolies grappes prouvent que la vigne se plait bien à Saint-Dizier».
Pour tous renseignements sur les Amis de la vigne, contacter l'association, 9 rue de la République à Belfort, au 03.84.22.45.45.
Le seul vignoble du Territoire de Belfort pousse au pied de l'église de Saint-Dizier-l'Évêque.
(Photos « LE PAYS »-M.B.)
Le premier jus a été obtenu hier grâce au pressoir de l'association des Amis de la Vigne. Le tout jeune raisin, planté il y a deux ans, est paraît-il, « légérement acidulé mais sucré pour son âge ». Il a fait le plaisir des vendangeurs en herbe.











