Dans la région frontalière, la plupart des morgues municipales ne sont plus aux normes. Un projet privé pourrait résoudre ce problème, mais pas avant l'été prochain.
LA FIN des morgues municipales était en suspens depuis 1994 : jusqu'à hier, une dérogation ministèrielle les autorisait encore à accueillir des cercueils ouverts pour la visite des proches, et à jouer ainsi le rôle d'un funérarium (*).
A partir d'aujourd'hui, il n'est donc plus possible de rendre cette dernière visite au défunt dans les bâtiments dont sont équipées de nombreuses communes. Dans la région frontalière, la plupart d'entre eux ne répondent plus aux critères de la loi du 8 janvier 1993, qui a réformé les questions funéraires.
AUX NORMES
Pour être aux normes, c'est-à-dire pour devenir de véritables chambres funéraires, les morgues devraient disposer de deux entrées séparées : une pour le public, avec un accès pour les personnes handicapées, une autre pour le cercueil et les pompes funèbres. Au milieu, un local pour la présentation du corps, qu'on appelle salon. La loi prévoit une isolation sonore avec l'extérieur, pour respecter le recueillement, mais également entre la partie publique et celle où travaillent les employés. Lors de son dernier conseil, la municipalité de Huningue a expliqué que la transformation de sa morgue coûterait 800 000 F («L'Alsace » du 2 octobre). Elle va certainement devenir une simple chapelle, où ne seront présentés que des cercueils fermés. Le problème se pose dans plusieurs communes du coin frontalier. « Il est toujours possible de garder le corps du défunt chez soi, avec des soins de conservation », explique l'entreprise de pompes funèbres de Village-Neuf. Les changements des moeurs et des idées sur l'hygiène font que cette solution est de moins en moins retenue.
ÉTAPE NÉCESSAIRE
Depuis le début de l'année, les chambres mortuaires des hôpitaux et des maisons de retraites ne peuvent plus accueillir des défunts extérieurs à l'établissement, toujours à cause de la loi de 1993. Il reste que 60 % des décès ont lieu aujourd'hui en milieu hospitalier. Là aussi, l'évolution des moeurs a joué un rôle.
Pour les 40 % de personnes qui décèdent à domicile ou dans un lieu public et pour leurs familles, le passage dans une chambre funéraire peut être une étape importante du deuil. « Quand les gens viennent nous voir pour la première fois, ils sont sous le choc et beaucoup ne souhaitent pas revoir leur défunt, explique Marc Sutter, gérant des Pompes funèbres des Trois frontières. Souvent, ils changent d'avis par la suite. Pour certaines personnes, c'est une étape nécessaire. En tout cas, il est très important de garder en soi une image correcte du mort et que la visite se passe dans de bonnes conditions ». La société de pompes funèbres ludovicienne pourrait se lancer prochainement dans la construction d'un funérarium (lire encadré). En attendant, la chambre aux normes la plus proche se trouve à Mulhouse.
QUEL COÛT ?
Le coût du transport et de l'organisation peut s'élever jusqu'à 1500 F, en ce qui concerne la société de Saint-Louis.
Jusqu'à hier, le séjour d'un corps à la morgue municipale de la ville, avec présentation à la famille, revenait à 400 F en tout. Difficile d'estimer les coûts dans le futur funérarium de Neuweg. Marc Sutter indique qu'« un prix généralement admis en France est de 3 à 400 F par jour ».
(*) Un funérarium, ou chambre funéraire, permet la conservation du corps avant l'enterrement et sa présentation à la famille. La chambre mortuaire joue le même rôle, mais dans un établissement hospitalier. Les morgues, en principe, ne servent qu'à la conservation et n'accueillent pas le public. D'après la loi de 1993, elles devraient toutes se mettre en conformité ou disparaître avant l'an 2000.
Pour la famille, la chambre funéraire peut être le lieu d'une dernière visite au défunt, en toute tranquillité.
(Dessin Jean-François Mattauer)











