ALLUMÉS millénaristes, adeptes de la science-fiction, façon bourrage de crâne ou lookés safran, le monde n'en a pas fini avec les sectes. Et il y a fort à parier que les derniers mois de ce millénaire risquent d'exciter les gourous de l'infortune, vendeurs d'apocalypse et autres voyages cosmogoniques. Le gouvernement a annoncé hier que l'Observatoire sur les sectes, créé il y a dix ans allait être remplacé par une « mission de lutte». C'est dire si la prolifération de ces officines, « églises », « temples » et autres chapelles inquiète l'Etat et que la situation est suffisamment grave pour passer de l'observation à la lutte. Il n'est que temps ! Brandissant comme un bouclier le mauvais argument de la chasse aux sorcières, certains mouvements ont su se muer en victimes et occuper la scène médiatique, profitant ainsi de la tribune involontairement offerte à leurs dérives par les cours de justice. Les délires des sectes ne finissent pas toujours dans les flammes infernales de l'Ordre du temple solaire ou dans la statuaire kitscho-dégradante. Elles bâtissent le plus souvent leur influence dans l'ombre, jouant sur les esprits, manipulant les paumés d'une civilisation qui a pris pour -mauvaise- habitude d'oublier des millions d'êtres humains. Mais qui dit lutte, dit moyens. L'Etat devra investir en hommes et en argent pour venir à bout de cette hydre. Quand on sait que certaines sectes ont à leur disposition des milliards de dollars (leur seul messie véritable), des relais politiques ou médiatiques, la tâche d'un pays isolé est quasiment insurmontable face à des mouvements qui ont la planète pour champ d'action. La France ne peut donc agir seule. L'Europe doit être mobilisée, mais pas seulement l'Union des Quinze. Depuis la chute du Mur les débris du communisme ont été infestés par un opium du peuple dont Lénine et ses successeurs n'avaient pas idée. D'ailleurs cette succession est quasi naturelle : comme les partis totalitaires, les sectes ont choisi de promettre des lendemains qui chantent à leurs adeptes. Mais du führer au gourou, ce sont les crépuscules des dieux aryens ou des grands prêtres flamboyants qui émergent, porteurs de violence et de misère morale et physique.











