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Belfort Alstom face à ses responsabilités

Le préfet du Territoire ne souhaite pas intervenir directement dans la stratégie du groupe mais n'en demeure pas moins vigilant sur la mise en place des plans sociaux à la Traction et à la DEM. « Le licenciement doit être la dernière extrémité », assure le représentant de l'État.

DEPUIS des décennies, la Cité du Lion et tout le Territoire vivent au rythme de l'état de santé économique et sociale d'Alstom. L'entreprise connaît des difficultés ? C'est tout le département qui retient son souffle et s'inquiète de l'avenir. La conjoncture s'améliore ? L'espoir renaît alors, accompagné du rêve fou d'une sortie définitive de la crise.

Malheureusement, les craintes ont, depuis bien longtemps, supplanté les promesses de jours meilleurs. Parfaitement conscient de cette réalité, le préfet du Territoire, Gonthier Friedérici, ne cache pas que les beaux jours ne sont pas pour demain mais ne verse pas dans le catastrophisme. La formule peut paraître lapidaire mais n'en est pas moins vraie : « Alstom, c'est Belfort ; Belfort, c'est Alstom ». L'un ne pouvant pas vivre sans l'autre, « le destin d'Alstom, dans ses différentes composantes, à Belfort n'est pas menacé », indique le représentant de l'Etat qui poursuit : « Dans les secteurs du transport ou de l'énergie, le marché national ne suffit pas. L'entreprise se trouve donc dépendante d'un marché extérieur très concurrentiel. Une adaptation de la l'entreprise au marché mondial est donc nécessaire. D'où une révision des effectifs engagée aujourd'hui et les plans sociaux », explique le préfet qui n'a pas manqué de noter que celui de la filiale transport a été « gelé par une décision judiciaire, le second, à la division électromécanique suspendu par l'entreprise ».

PRIORITÉ AUX RECLASSEMENTS

Le représentant de l'État est convaincu que le coeur d'Alstom battra encore longtemps à Belfort mais il estime que cela ne se fera pas sans des contractions de personnel.« C'est une situation difficile à vivre car on a longtemps travaillé à Alstom de père en fils. Aujourd'hui, des négociations sont en cours au sein de l'entreprise. On verra ce qu'il en sort », assure Gonthier Friedérici qui considère que le passage au 35 heures de travail hebdomadaire, obligatoire avant le 1er janvier 2000, « ne permettra pas d'éviter les plans sociaux. La réduction du temps de travail n'évitera pas une restructuration mais devrait limiter ses effets et rendre les mesures moins douloureuses. Quoi qu'il en soit, les licenciements ne doivent intervenir qu'en dernière extrémité », indique Gonthier Friedérici. Soulignant son souci de ne pas intervenir dans les négociations entre la direction d'Alstom et les organisations syndicales, le préfet évoque, au passage, quelques pistes de réflexion pour amortir le choc des plans sociaux et limiter les suppressions d'emplois, notamment par un transfert des salariés de la Traction ou de la DEM vers Alstom Gas Turbines.« AGT tourne bien et il ne me paraît pas illégitime que les représentants des salariés demandent que les titulaires des postes supprimés soient réintégrés dans la filiale Turbines. Bien sûr, la question de la pérennisation serait posée mais il ne faut pas, sous prétexte de spécialisation, dire non à un transfert par principe. Ce serait mauvais. Inversement, le recrutement ne pourrait se faire sur ce seul critère », indique le préfet.

ESPOIR D'UN ACCORD

La conclusion d'un tel accord de réduction du temps de travail aura, selon le préfet, un effet moteur sur les autres entreprises du département. « On ne peut pas avoir été et être la plus importante entreprise du Territoire sans assumer ses responsabilités. Même si les licenciements sont évités, Alstom a un rôle important dans le tissus industriel. J'ai fortement espoir qu'avant la fin de l'année, on trouve la traduction concrète de cela. Bien sûr, il faut rester prudent : l'État ne souhaite pas prendre la place des négociateurs. C'est autour d'une table, entre les différents partenaires, que des solutions seront trouvées mais notre objectif est clair : c'est le maintien de tous les postes possibles grâce à la réduction du temps de travail et la priorité donnée aux reclassements dans les autres filiales. Quant à l'externalisation, cela m'intéresse de savoir si "l'extérieur" se limite à l'Aire urbaine », conclut Gonthier Friedérici. Du côté de la Porte des Trois chênes comme à Bourogne, l'analyse du préfet du Territoire de Belfort, représentant de l'État dans le département du ministre de l'Intérieur, retiendra sans aucun doute l'intérêt des représentants syndicaux. Reste à savoir si la direction d'Alstom partage le même point de vue que Gonthier Friedérici.

L'évolution de la situation d'Alstom est suivie de près par le préfet Gonthier Friedérici.

(Photo « LE PAYS » - J.B.)

Laurent BODIN

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