« On n'est pas quitte avec le statut scolaire local si on ne donne pas des actes de croyance ». A Lucelle, Monseigneur Doré est venu exposer sa conception de l'heure de religion. Conviction, proposition, sans prosélytisme.
Environ 80 élus locaux et secrétaires de mairie ont participé à l'annuelle rencontre de réflexion chrétienne des décideurs politiques du Sundgau à Lucelle. Dans le prolongement des débats de l'an dernier, on a longuement parlé de l'heure de religion, dont curieusement, apparaît-il, les parents ne font jamais état lorsqu'il est question de leur école. Et après son prédécesseur Monseigneur Brand, Monseigneur Doré s'est déplacé dans le Jura alsacien. Dix mois après son ordination, le nouvel archevêque d'Alsace est venu « par conviction » à Lucelle.
LE STATUT SCOLAIRE EXISTE !
Le thème de la matinée inaugurée par une prière et achevée par l'Eucharistie suivie d'un repas portait sur le statut scolaire local, rôle et exercice de la fonction de maire. A l'écoute des témoignages de deux maires, (voire encadré), il est diversement appliqué mais surtout, parce que la question n'est jamais soulevée, certains élus, dont le maire de cette importante commune du Haut-Sundgau, ignorent qui fait quoi de l'heure de religion dans leur(s) école(s). « Il serait intéressant de demander aussi leur avis aux enfants », lance Maxime Koeberlé qui anime à nouveau les échanges avec son collègue Materne Muller. L'ancien conseiller général Paul-André Weber prône le retour aux valeurs spirituelles dans un monde de consommateurs pour éviter que « demain les Etats islamiques n'imposent leur façon de vivre ». « Attention aux stratégies de conquête », rétorque Maxime Koeberlé qui livre trois recommandations à ses collègues en réponse à toutes les questions posées sur la mise en oeuvre du statut local : « nous devons nous resensibiliser nous-mêmes à l'existence du statut scolaire, en évaluer l'intérêt et l'impact et affirmer haut et fort qu'il faut le confirmer ». « Ne sont susceptibles d'intéresser les enfants que les choses transmises », estime Joseph Doré. Mais c'est devenu difficile pour la connaissance religieuse malgré un environnement qui ne jure que par les communications. Or l'archevêque de Strasbourg avoue une évaluation positive du fait religieux dans la société française. Et d'abord en Alsace où les conditions sont bien plus favorables, a-t-il observé. Le statut local, dit-il, ne devrait pas être remis en cause ; au contraire, « ce qui se vit en Alsace peut devenir un bon exercice entre le religieux et le politique » eu égard à la tradition laïque du pays. Monsieur Doré se félicite que la laïcité fonctionne bien dans le diocèse du concordat ; le spirituel n'empiète pas sur le temporel et la laïcité interdit le refus du religieux. Le statut local permet également au chef de l'église catholique alsacienne de rencontrer la société civile au quotidien, un privilège que lui envient peut-être ses confrères, plus isolés.
L'ALSACE RELIGIEUSE
A l'école, de la maternelle au lycée, le statut concordataire offre une éducation religieuse aux enfants catholiques, protestants et juifs. Dans le respect d'autrui, précise Monseigneur Doré : vraie tolérance et reconnaissance de l'autre. « Quand on roule pour sa foi, on roule pour les autres ». Lui qui a été théologien pendant un quart de siècle définit ainsi le but de l'heure de religion : « permettre aux jeunes de comprendre l'Alsace dans ses propres traditions religieuses. Quand ont est alsacien, on doit savoir lire l'un ou l'autre vitrail de la cathédrale de Strasbourg ! » Et d'ajouter que l'enseignement s'intègre à la culture européenne d'aujourd'hui.
PRENDRE POSITION
A ceux qui dispensent l'heure de religion, Monsieur Doré demande de la conviction. « Celui qui communique des connaissances religieuses est apte à dire à un moment ou à un autre qu'il y croit. Pourquoi faudrait-il rouler pour une prétendue neutralité qui, de toute façon, est impossible ? » L'archevêque trouve la démarche honnête puisque ce qui vaut à des faits historiques vaut à la religion. Et c'est d'autant plus nécessaire que nos sociétés reposent sur l'adhésion. En clair, les enseignants doivent éduquer de temps en temps à ce qu'est un acte de croire, ainsi que le font les Témoins et les musulmans. Pas question, bien sûr, de faire du prosélytisme puisqu'il faut imiter Jésus, donc proposer. « Qu'y a-t-il d'injurieux à proposer ? », s'exclame Monseigneur Doré. Ce n'est ni une stratégie de conquête ni d'Eglise, poursuit-il, mais une démarche d'estime. « Dire les choses parce qu'elles font sens dans ma vie ». Et de citer Péguy : « quand tu vois venir ton ami, ta première pensée n'est pas de le "propagander", tu lui dis ce que tu as sur le coeur ».











