A Friesenheim, un musicien comme on n'en fait plus beaucoup écrit des chansons poétiques sur l'amour et la nature. Avec sa compagnie « La fleur au cartable », il projette d'éditer deux CD.
J'AIMERAIS bien qu'on arrête un jour de me dire que ma voix ressemble à celle de Brel ou de Ferrat, et qu'on me dise enfin que c'est du Bleck ». Mais Allan Bleck, puisque tel est son pseudonyme, est quand même flatté du compliment. Il avoue préférer le Grand Jacques entre tous, et que s'il n'était pas là, il lui manquerait autant que sa côte bretonne natale où il retourne chaque année. « Quand je l'ai entendu pour la première fois, j'ai eu un choc: c'était sur le tourne-disque de mon frère, -un 78 tours. J'avais 7 ou 8 ans.» A cet âge, il écrivait déjà des textes. La musique est venue après, quand un copain de l'armée lui a donné une vieille guitare. Depuis, l'instrument, qu'il a apprivoisé tout seul, ne le quitte plus. Quand sa voix s'y mêle, la pièce se remplit d'une musique qu'on croyait vieillotte et qui résiste à toutes les modes : Allan Bleck est familier de Félix Leclerc, de Jean Ferrat. Ses chansons parlent de l'amour, de la nature. Parfois aussi des expulsés de Saint-Bernard. « Je m'inspire de rencontres, de moments particuliers. Mais cela met quelques mois à germer.» Peut-être est-il aussi inspiré par certains moments de sa vie, tumultueuse.
TOUS LES MÉTIERS
Allan Bleck a exercé tous les métiers : cantonnier, représentant de commerce, manutentionnaire, assureur, laveur de vitres, animateur de grande surface. Aujourd'hui, il est surveillant dans un lycée sélestadien. Plus pour longtemps, car en avril, il prendra sa retraite et se consacrera enfin à plein temps à sa vocation d'artiste. Il se produira aussi plus souvent en public. « Au début, je chantais juste devant des amis. Puis ils m'ont poussé. Je m'aperçois toujours avec étonnement et émotion que les gens s'attachent à mes chansons.» Diffusé sur Europe 1 en deuxième partie de nuit pendant quelque temps, il a acquis un public assez confidentiel mais fidèle. En Alsace, il a connu quelques difficultés à se faire entendre. « Je participais souvent aux kilbes des environs. Mais les gens ne m'écoutaient pas. C'était très frustrant. J'ai cru que c'était à cause du dialecte. Et puis j'ai rechanté devant le même public, mais dans des conditions plus calmes, en petit comité. Et là, les gens ont écouté. Simplement, à la kilbe, le moment était mal choisi.»
Ce troubadour a rencontré il y a un an trois musiciens avec qui il orchestre ses morceaux. Il envisage de sortir deux CD : l'un avec ses titres, l'autre avec des contes et des chansons. Car Allan Bleck a aussi rencontré une « tricoteuse d'histoires », Christine Heluin, avec qui il a créé la Compagnie « La fleur au cartable ». Leur spectacle est maillé de contes et de chansons, qui se répondent et s'entrelacent, et connaissent déjà un certain succès. Allan Bleck pense qu'il aurait pu faire une vraie carrière dans la chanson. « Mais le monde du show-biz tel qu'il est actuellement est plutôt repoussant ». Allan préfère son chalet de Friesenheim. « L'Alsace me plaît. Sauf quand il y a des tempêtes. Car alors je regrette de ne pas être sur la côte sauvage de Quiberon, pour voir la mer.»
Allan Bleck et Christine Heluin, fondateurs la compagnie « La fleur au cartable », ont monté un spectacle de contes et de chansons dans lequel ils exercent tous leurs talents.
(Photo « L'ALSACE » - Dominique Gutekunst)











